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Microbiote et santé : nouvelles voies thérapeutiques

Le microbiote intestinal – anciennement appelé flore intestinale – occupe une place importante dans la santé humaine. Dr Pierre Deschelot, Ph.D., Ph.D. Nous avons discuté avec ce chercheur de renommée internationale.

Dr Deschelot, pourquoi l’intestin est-il appelé le deuxième cerveau ?

Dr Pierre Deschelot

Si l’intestin est le deuxième cerveau, le microbiote est le troisième cerveau. Ce troisième cerveau est dans le deuxième cerveau et ils parlent tous les deux au premier, celui du haut !

Depuis trente ans, nous avons montré qu’il y avait beaucoup de neurones dans notre tube digestif, ce qui explique qu’il y a 20-25 ans, on parlait de second cerveau. Mais c’est encore plus compliqué que ça.

Nous connaissons les cellules qui digèrent les aliments, mais il existe aussi de nombreuses cellules immunitaires qui jouent un rôle dans la régulation de la barrière intestinale. Il existe des cellules endocrines qui produisent de nombreuses hormones qui jouent un rôle important dans la régulation de la faim et du tamis, mais aussi dans la régulation de la motricité et de la sensibilité digestive. Tous ces types de cellules communiquent entre eux.

Par conséquent, ce cerveau intestinal doit être compris comme quelque chose de plus global.

Vous avez étudié les troubles du comportement alimentaire, notamment l’anorexie mentale, en relation avec le microbiote. Le développement d’un trouble du comportement alimentaire peut-il commencer par le microbiote ?

Nous avons accumulé depuis 15 ans une série de publications qui suggèrent qu’une partie du mécanisme d’entretien voire de déclenchement de l’anorexie, voire d’autres troubles du comportement alimentaire, comme l’hyperphagie ou la boulimie, pourrait être liée au déséquilibre du microbiote.

Dans l’anorexie mentale, il existe en effet une dysbiose, un déséquilibre important du microbiote. Dans la boulimie, les données sont encore très limitées, mais nous publierons bientôt de nouveaux résultats. La suralimentation, qui conduit à l’obésité, est au début de l’histoire : nos confrères belges rapportaient récemment que le microbiote des patients compulsifs n’est pas le même que celui des patients non compulsifs.

Nous avons aussi beaucoup travaillé sur certaines protéines bactériennes qui pourraient réguler la prise alimentaire.

Vos recherches ont montré qu’une souche de probiotiques désormais commercialisée en France a un effet bénéfique sur la satiété et la perte de poids. Pouvez-vous m’en dire plus?

Après quelques années, nous avons pu montrer efficacement, d’abord sur des modèles animaux puis dans une étude clinique humaine, que la souche Hafnia alvei HA 4597 a un effet favorisant la satiété et favorise la perte de poids chez les personnes en surpoids modéré.

Cependant, il ne s’agit pas d’un traitement de l’obésité, mais d’un complément alimentaire qui renforce les mécanismes naturels de la satiété. Nous continuons à rechercher d’autres modulateurs du microbiote qui pourraient être utiles en nutrition. Les souches Hafnia alvei HA4597 et Lactobacillus plantarum WJL (intéressantes pour la croissance et la nutrition) sont déjà commercialisées en France et dans certains pays européens par notre startup TargeEDys et le laboratoire Biocodex. Pour le reste, il faudra patienter encore un peu.

L’amélioration du microbiote peut-elle aider les gens à se remettre d’une suralimentation ?

Ce que nous disons actuellement chez un patient atteint d’hyperphagie, c’est qu’il faut d’abord essayer de comprendre les mécanismes qui ont conduit à l’hyperphagie. Il y a souvent des stress importants, des troubles anxieux et dépressifs ou d’autres troubles obsessionnels compulsifs. Nous traiterons d’abord le comportement alimentaire avec des thérapies cognitivo-comportementales, une rééducation alimentaire, et éventuellement des médicaments, notamment des sérotoninergies comme la fluoxétine et la sertraline, qui fonctionnent plutôt bien pour les troubles compulsifs.

Mais tous les patients ne répondent pas à ces traitements relativement standards. Il faut donc aussi rééduquer le microbiote et la meilleure rééducation commence par l’alimentation. Si nous parvenons à calmer les compulsions, qui sont généralement des aliments gras et sucrés, nous réduirons le déséquilibre de l’alimentation et corrigerons progressivement la dysbiose. Par exemple, en réduisant les sucres et les graisses et en augmentant les fibres, on va privilégier certains types, comme ceux qui produisent du butyrate, et réduire un certain nombre d’autres types qui dépendent d’un apport massif en graisses et donc, in fine, on rééduque d’abord le microbiote par la nourriture. Mais cela ne suffit pas toujours, d’où l’intérêt d’une intervention plus directe avec certains probiotiques bien spécifiques à l’efficacité évaluée.

Vous venez d’arriver d’un congrès international sur les prébiotiques. Quoi de neuf à ce sujet ?

En effet, le congrès PROBIOTA 2022, qui vient de se tenir à Copenhague, a réuni 400 chercheurs et industriels du monde entier pour faire le point sur les récentes réalisations. C’est un domaine en forte expansion. Le contrôle du poids reste un enjeu important et nos travaux ont fait l’objet d’une conférence plénière, ainsi que les développements passionnants de l’équipe de Patrice Cani (Belgique) pour Akkermansia Muciniphila, une autre souche qui semble très utile pour réduire le risque de diabète.

Il y avait aussi beaucoup de communication sur la modulation du stress, de l’anxiété, du microbiote et de certains probiotiques. Bref, le microbiote n’est pas fini de nous surprendre !

Que pensez-vous des kits d’analyse du microbiote ?

A l’heure actuelle, ce qui circule comme analyse commerciale du microbiote n’est pas satisfaisant. […] Mais c’est un domaine qui évolue très vite et verra bientôt apparaître une nouvelle génération de tests plus spécialisés et surtout mieux accompagnés au niveau médical. Nous y travaillons également.

♦ Pour tout savoir sur le microbiote, vous pouvez obtenir un travail d’équipe auquel le Dr Deschelot a participé en plus d’autres experts européens.

♦ Microbiote intestinal et santé humaine Jean-Michel Lecerf, Nathalie DELZENNE Editions Elsevier