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Nouveau retard et coûts en forte hausse pour les réacteurs EPR d’EDF en Angleterre – 20.05.2022 à 15:15

Le chantier de construction de la centrale nucléaire de Hinkley Point C le 7 avril 2022 à Bridgewater, Royaume-Uni (POOL / Finnbarr Webster)

Retards et coûts supplémentaires : Le site de la centrale nucléaire EPR, construite par EDF à Hinkley Point en Angleterre, connaît un nouveau détournement, mais le gouvernement britannique l’a minimisé vendredi.

Le lancement du premier réacteur est désormais prévu “en juin 2027”, a indiqué jeudi soir l’énergéticien français dans un communiqué.

L’usine, en construction depuis 2016 dans le Somerset, dans le sud-ouest de l’Angleterre, devait initialement démarrer fin 2025, un calendrier qui avait déjà été reporté à juin 2026 l’an dernier.

Pour les deux blocs, le risque de retard est désormais “estimé à 15 mois”, sous réserve qu’il n’y ait pas de nouvelle pandémie ou d’effet supplémentaire de la guerre en Ukraine, selon EDF, chiffrant les nouveaux surcoûts du projet à au moins 3 milliards de livres sterling (environ 3,5 milliards).

La centrale devrait en effet coûter “entre 25 et 26 milliards de livres”, contre les 18 milliards attendus en 2016 lors du feu vert de Londres, un montant qui a déjà été surestimé entre 22 et 23 milliards de livres.

Le gouvernement britannique a répondu en disant qu’il souhaitait continuer à “travailler en étroite collaboration avec EDF pour finaliser Hinkley Point C” et a souligné que les coûts supplémentaires ne reviendraient pas aux contribuables.

Centre de formation du centre de contrôle Hinkley Point C, Bridgewater, 7 avril 2022 (POOL / Finnbarr Webster)

Le retard est imputé par EDF au compte de la pandémie : “les hommes, les moyens et la chaîne d’approvisionnement sont mis à l’épreuve et leur efficacité est limitée. De plus, le volume des travaux de recherche et de génie civil et le coût de ces travaux, et notamment des travaux maritimes, ont augmenté.

Le projet a été controversé dès le départ et contesté par les syndicats français sur son coût.

“Si le gouvernement (britannique) avait investi autant dans l’éolien offshore qu’à Hinkley C, nous aurions eu trois fois plus d’énergie à temps partiel”, a déclaré vendredi l’ONG environnementale Greenpeace.

– Défaillances cumulées –

L’EPR (European Pressure Reactor) est un modèle de réacteur nucléaire plus puissant et conçu pour être plus sûr que les générations précédentes. Trois sont terminés, en Finlande et en Chine, et trois sont en construction, un en France et deux à Hinkley Point.

Carte du monde sur laquelle les différents EPR sont en exploitation ou en construction (AFP /)

Mais le réacteur finlandais (Olkiluoto-3) a démarré en mars avec 12 ans de retard sur les deux EPR chinois mis en service en 2018 et 2019, l’un a été arrêté en juillet 2021 en raison de problèmes techniques.

Quant au réacteur français de Flamanville, les retards cumulés atteignent 11 ans pour le rechargement, désormais prévu au deuxième trimestre 2023, et les coûts s’élevant à 12,7 milliards d’euros, soit quatre fois plus qu’annoncé en 2006.

EDF cumule les mauvaises nouvelles depuis le début de l’année. Le groupe devait être recapitalisé en avril, et les bénéfices chuteront cette année en grande partie parce que l’État français lui a demandé de vendre plus d’électricité à bas prix, un dossier dans lequel le PDG s’oppose ouvertement au gouvernement.

Le groupe doit également lutter contre la corrosion des canalisations, qui l’a contraint à arrêter 12 de ses 56 réacteurs français. Au total, plus de la moitié des réacteurs français sont désormais fermés pour maintenance.

Hinkley Point C est la seule centrale nucléaire en construction au Royaume-Uni. EDF est maître d’ouvrage et le partenaire chinois CGN détient un tiers du projet.

Elle borde la centrale nucléaire de Hinkley Point B, qui a été mise en service en 1976 et qu’EDF prévoit de fermer d’ici juillet 2022 – même si Londres envisage de la prolonger, selon The Guardian, pour ne pas réduire la production d’énergie aux intempéries et à la guerre climatique. en Ukraine.

L’ambition outre-Manche est de maintenir la part du nucléaire dans le mix énergétique à 20 % afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 – alors qu’il existe actuellement 15 réacteurs sur 8 sites au Royaume-Uni. Londres veut produire 95% d’électricité bas carbone d’ici 2030

Le chantier de construction de la centrale nucléaire Hinkley Point C le 21 avril 2022 à Bridgewater, Royaume-Uni (AFP / Justin Tallis)

En France, la technologie EPR reste au cœur de la stratégie énergétique. Le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de reprendre un programme nucléaire avec six réacteurs EPR2 de nouvelle génération, louant notamment les bienfaits climatiques de cette énergie.

La première mise en service n’est pas prévue avant 2035 ou 2037. Mais les enjeux financiers sont immédiats et importants, avec un coût estimé à plus de 50 milliards d’euros pour six réacteurs.