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on explique le débat sur cette mesure qui fait bondir la gauche

“Cheval de Troie de la régression sociale”. Seize personnalités de gauche, dont les écologistes Yannick Jadeau et Eric Piol, ont ainsi défini la monétisation de la RTT dans une tribune publiée dimanche dans le JDD. Cette mesure fait partie du projet de loi modifiant et complétant la loi de finances, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale mercredi 27 juillet. Cette disposition, proposée par les députés LR et votée par la majorité présidentielle, a fait l’objet d’un vif débat à gauche, qui a notamment condamné une attaque contre les 35 heures. Il est en préparation pour un débat au Sénat à partir de ce lundi 1er août.

>> Que contient le projet de loi d’amendement des finances adopté par l’Assemblée ?

En quoi consiste cette mesure ?

La mesure votée par les députés est simple : elle permet à tout salarié qui utilise les DRT (jours de repos accordés pour une durée hebdomadaire de travail supérieure à 35 heures) de ne pas les demander et de les convertir en salaire. Il ouvre notamment la possibilité aux entreprises de racheter aux salariés les jours de congé qu’ils décident de renoncer.

Cette mesure vise à “inciter l’entreprise à se doter de la RTT pour les salariés qui veulent travailler plus”, explique Bruno Retailo, président du groupe LR au Sénat, dans un entretien au Parisien. Elle sera limitée dans le temps : les entreprises pourront racheter la RTT de leurs salariés entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2023. Par ailleurs, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a demandé la monétisation de la RTT, exonérés d’impôts et de cotisations, ou limités à 7 500 euros.

Actuellement, les journées de RTT sont perdues lorsqu’elles ne sont pas prises par les salariés. Leur rachat est autorisé au cas par cas, dans le cadre d’accords d’entreprise. Il s’agit notamment du Compte Epargne Temps (CET) créé dans certaines entreprises et permettant au salarié de réserver ses jours de congés non utilisés pour plus tard ou d’être rémunéré pour ceux-ci.

D’où est venue l’idée de monétiser les RTT ?

La mesure faisait partie d’une série d’amendements proposés par la droite pour “mieux récompenser le travail et le mérite et augmenter le salaire net des Français”. Puis la majorité présidentielle, par la voix de Mark Ferraci (LREM), a présenté son propre amendement pour limiter la mesure dans le temps. C’est cette dernière qui a été votée le 22 juillet à l’assemblée. Ce mandat “devrait permettre une réflexion et une concertation sur un dispositif encore plus ambitieux”, a expliqué le député issu de la majorité.

L’idée de monétiser la RTT était déjà dans le programme présidentiel de l’ancienne candidate LR Valérie Pécresse. L’actuelle présidente de la région Ile-de-France a proposé dans le cadre du “choc de pouvoir d’achat” de “permettre aux salariés de convertir plus de RTT en salaire, sans limite et sans frais (y compris la franchise de la cotisation patronale)”, a-t-elle décrit dans son programme.

Je propose un choc au pouvoir d’achat.

Je vais entièrement exonérer d’impôt toutes les heures supplémentaires sans plafond ni plafond et j’autoriserai également la conversion du RTT en salaire sans plafond ni charges patronales. #LaFranceDansLesYeux #Pécresse2022 pic.twitter.com/0TIAkiq1wx

— Valérie Pécresse (@vpecresse) 18 janvier 2022

Proposition phare de la droite, l’idée de racheter la RTT aux employeurs est venue avec Nicolas Sarkozy en 2007. Poursuivant sa devise “travailler plus pour gagner plus”, le président de l’époque laissait entendre dans une interview à TF1, le 29 novembre 2007, “que tous les salariés qui sont d’accord avec le chef d’entreprise puissent convertir des journées RTT en argent”.

Pourquoi débat-elle ?

Lors de l’examen de la loi en assemblée le 22 juillet, l’amendement a été accepté par 154 voix contre 55, avec tous les députés Nupes présents contre le texte.

Sur le côté gauche du module, la mesure a mal tourné. “C’est la fin des 35 heures, purement et simplement”, s’est agacé le député socialiste Arthur Delaporte. “Cela viole tout ce qui permet aux travailleurs qui font des heures supplémentaires d’avoir une protection et notamment le droit au repos”, a-t-il ajouté.

“Vous essayez de faire passer, comme amendement, une remise en cause générale des 35 heures”, a estimé @ArthurDelaporte sur la proposition rejetée faite par le groupe LR de monétiser la RTT. #PLFR2022 #DirectAN pic.twitter.com/T6urw7YKqb

– LCP (@LCP) 22 juillet 2022

Seize personnalités de gauche ont par la suite dénoncé la mesure comme un “cheval de Troie de la régression sociale” sur un forum du JDD. Les signataires estiment que cette disposition “renforce le lien de subordination entre salarié et employeur, fragilise le dialogue social dans l’entreprise et porte un coup sans précédent aux 35 heures”.

Comme la gauche à l’Assemblée, ils critiquent une mesure qui « sert surtout à éviter de traiter du vrai sujet du pouvoir d’achat : les augmentations de salaires ». Ces personnes, dont des représentants syndicaux de la CFE-CGC et de la CFDT Cadres, y voient « un levier puissant pour que l’employeur refuse l’attribution de jours de congé au motif qu’ils sont rémunérés, face à un salarié tiraillé entre son besoin de repos et d’amélioration de leur pouvoir d’achat ».

Les signataires relativisent aussi l’argument de droite selon lequel ce rachat des PTT serait bénéfique pour le pouvoir d’achat. “Proposer une rémunération de RTT augmentée à 10%, au lieu d’heures supplémentaires augmentées à 25%, c’est proposer de ‘travailler beaucoup plus pour gagner un peu'”, ont-ils argumenté.

La mesure est-elle susceptible de passer ?

L’amendement, voté le 22 juillet, doit être débattu au Sénat lors de l’examen du projet de loi d’amendement des finances, qui débute lundi et doit se poursuivre mardi. Votée à la majorité des députés LR à l’Assemblée, la mesure de rachat de la RTT ne devrait pas subir de revirement majeur tant la droite est majoritaire au Sénat.