Une coopération internationale longue et étendue arrivera à son terme. Yuri Borisov, le nouveau patron de l’agence spatiale russe Roscosmos, a annoncé mardi 26 juillet que la Russie quitterait la Station spatiale internationale (ISS) “après 2024”. Un véritable big bang, car depuis sa création, l’ISS est le fruit d’un travail coordonné entre les États-Unis, la Russie, l’Europe, le Canada et le Japon. Franceinfo revient sur cette situation avec cinq questions.
Qu’a dit le chef de Roscosmos ?
“Sans aucun doute, nous remplirons toutes nos obligations envers nos partenaires (…), mais la décision de quitter cette station après 2024 a été prise”, a déclaré Yuriy Borisov lors d’une rencontre télévisée avec le président russe Vladimir Cheese Free. Voici les images (en russe) de l’agence de presse russe TASS.
Vladimir Poutine a eu une réunion avec le nouveau chef de Roscosmos Yuri Borisov.
Vidéo : Kremlin. ru pic.twitter.com/S5hJVfsnXd
– TASS (@tass_agency) 26 juillet 2022
Yuri Borisov a ensuite décrit l’avenir de la Russie dans l’espace : “Je pense que d’ici là, nous commencerons à créer la station orbitale russe”, qui sera la “priorité absolue” du programme spatial national. “L’avenir des vols habités russes doit reposer avant tout sur un programme scientifique systématique et équilibré afin que chaque vol nous enrichisse de connaissances”, a-t-il déclaré.
“C’est un grand honneur pour moi, mais aussi des obligations supplémentaires”, a commenté Yuri Borisov. “Le domaine spatial est dans une situation difficile et je pense que ma tâche principale (…) n’est pas d’abaisser la barre, mais de la relever, tout d’abord en fournissant les services spatiaux nécessaires à l’économie russe.”
Comment la NASA et l’ESA ont-elles réagi ?
Robin Gaitens, directeur de l’ISS de la NASA, a tenu une conférence de presse à Washington peu après l’annonce. “Nous n’avons pas reçu de déclaration officielle de notre partenaire concernant les nouvelles d’aujourd’hui”, a-t-elle déclaré. “Nous allons donc discuter de leurs plans plus avant.” Mais les Américains veulent-ils que les Russes quittent la Station spatiale internationale ? “Non, absolument pas,” dit-elle.
“Ils ont été de bons partenaires, comme tous nos partenaires, et nous voulons continuer ensemble, en tant que partenariat, à exploiter la station spatiale tout au long de la décennie.”
Robin Gaitens, directeur de l’ISS à la NASA
en conférence de presse
Le fait que la Russie quitte l’ISS après 2024 et construise sa propre station spatiale “n’est pas nouveau et a été évoqué par le passé”, note l’Agence spatiale européenne (ESA), contactée par franceinfo.
Quel est le contexte de cette annonce ?
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la coopération spatiale internationale avec la Russie est suspendue ou suspendue, comme les lancements russes depuis Kourou en Guyane ou la mission Exomars. Mais au sein de l’ISS, les travaux se sont poursuivis.
“L’ISS est restée cette petite bulle dans l’espace, en dehors des guerres terrestres. Un endroit où la Russie, les États-Unis et l’Europe coopèrent.
Matilde Fontanes, rédactrice en chef du magazine « Epsiloon ».
chez franceinfo
“Même si la coopération scientifique entre les astronautes allemands et russes a été interrompue. Tout s’est passé normalement”, souligne encore le journaliste scientifique.
C’est ce qu’a constaté le 30 mars, un peu plus d’un mois après le début de l’offensive russe : un astronaute américain est revenu de l’ISS à bord d’un vaisseau spatial Soyouz en compagnie de deux cosmonautes russes, comme le rapporte France Inter.
L’astronaute américain Mark Vande Hey est photographié après son atterrissage sur Terre au Kazakhstan le 30 mars 2022. Il a fait le voyage de la Station spatiale internationale à la Terre en compagnie de deux cosmonautes russes et à bord d’un vaisseau spatial Soyouz. (AGENCE SPATIALE RUSSE ROSCOSMOS/AFP)
Plus récemment, la NASA a annoncé à la mi-juillet qu’elle reprenait les vols conjoints avec les Russes vers l’ISS pour assurer la “continuité des activités” de la station. Deux astronautes américains voleront à bord d’une fusée russe Soyouz pour deux missions distinctes, dont la première est prévue en septembre. Deux cosmonautes russes voleront également pour la première fois à bord de fusées SpaceX.
Samantha Cristoforetti a récemment effectué la première sortie dans l’espace d’un astronaute européen depuis l’ISS le 22 juillet. L’Italien a travaillé pendant six heures à une altitude d’environ 400 km en compagnie du cosmonaute russe Oleg Artemiev.
“A bord de la station, ce sont tous des professionnels : les Russes font le boulot, les autres aussi. Tout le monde est formé pour travailler ensemble et ils sont dans de telles circonstances qu’ils ne peuvent que travailler ensemble”, explique la géographe Isabelle Surbes-Verger, chercheuse au CNRS et spécialiste des questions spatiales.
Quelles seront les conséquences pour l’ISS ?
Tout reste à éclaircir à ce sujet. Mais pour comprendre les implications de la sortie de la Russie, nous devons revenir à son rôle. Ces dernières années, “le grand changement pour les Russes réside dans le fait qu’on n’a plus besoin de leur vaisseau pour rejoindre la Station spatiale internationale”, rappelle Isabelle Surbes-Verger.
La société américaine SpaceX, propriété du milliardaire Elon Musk, a en effet effectué sa première mission “opérationnelle” en novembre 2020, en envoyant quatre astronautes à bord de l’ISS. Ainsi, SpaceX est devenue la première entreprise privée à réaliser cet exploit. Avec ce nouveau moyen de transport spatial, la NASA a mis fin à sa dépendance de neuf ans vis-à-vis des engins spatiaux russes. Depuis, d’autres voyages ont eu lieu avec l’aide de SpaceX, dont celui du Français Thomas Pesquet.
La confiance de la Russie a encore été ébranlée lorsque la trajectoire de l’ISS a été corrigée pour la première fois par un navire non russe. Depuis 1998 et le début de la Station Spatiale Internationale, il faut intervenir régulièrement pour ne pas dériver et éviter qu’elle ne s’écrase sur la Terre. Historiquement, “c’est le rôle des cargos russes. Eux seuls ont la capacité d’allumer leurs moteurs pour donner un petit coup de pouce à la station et assurer la stabilité de son orbite”, explique Mathilde Fontanez.
En mars, au début de la guerre en Ukraine, la Russie a menacé de mettre fin à ces manœuvres. Mais fin juin, un cargo Cygnus (de l’industriel Northrop Grumman), qui approvisionne la station en nourriture et en matériel, a effectué un test avant de quitter l’ISS. Alors qu’il était amarré à la gare, le cargo a allumé son moteur principal pendant cinq minutes. Cela a permis à l’ISS de s’élever de plusieurs centaines de mètres.
Le cargo Cygnus de Northrop Grumman booste l’orbite de la Station spatiale internationale pic.twitter.com/gmbg5KsCqe
– SPACE.com (@SPACEdotcom) 28 juin 2022
Cependant, cette première tentative réussie ne résout pas tout, et le retrait de la Russie a des conséquences. “Si les Russes se retirent, emportant avec eux leur capacité à remettre la station en orbite, la NASA devra trouver un moyen de le faire par elle-même, et ce ne sera pas facile”, a prévenu Bill Harwood, un consultant spatial. . , interviewé sur CBS (En anglais).
Pour Isabelle Sourbès-Verger, des interrogations se posent notamment sur la “maintenance de la partie russe” de la Station spatiale internationale et les éventuelles difficultés que cela pourrait engendrer. L’ISS fonctionne dans le cadre d’un accord international, et y toucher déclenche de longues négociations, explique-t-elle. Elle précise qu’il s’agira “essentiellement de discussions entre juristes” pour déterminer les conditions de la sortie de la Russie.
“C’est une situation compliquée pour les Russes et pour les Américains. Personne n’y gagne.”
Isabelle Surbes-Verger, chercheuse au CNRS
chez franceinfo
Force est de constater que rien n’est décidé pour le moment et le travail de l’ISS est garanti jusqu’en 2024. L’Agence spatiale européenne souligne que Roscosmos a confirmé qu’il « remplira toutes ses obligations envers ses partenaires ».
Quand la fin de l’ISS est-elle prévue ?
L’ESA entend poursuivre l’exploitation du module européen Columbus jusqu’en 2030. De son côté, la NASA a annoncé en début d’année que la fin de l’ISS est prévue pour 2031 (en anglais). Une fois vidée des matériaux précieux et réutilisables, la station se désorbera et retombera sur Terre. Mais pas partout : à Nemo Point. Cet endroit est le pôle océanique de l’inaccessibilité de la Terre. “Il n’y a pratiquement rien dans cette partie du Pacifique Sud : pas d’île, pas d’habitant, presque pas de trafic maritime ou aérien”, constate à franceinfo Benjamin Bastida Virgili, ingénieur au Space Debris Office de l’ESA. C’est là que la station Mir a pris fin en 2001 et la station Skylab en 1979.
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