En difficulté depuis plusieurs semaines, la majorité présidentielle a fini, selon les données du ministère de l’Intérieur, en tête du premier tour des élections législatives avec 25,75% des suffrages, devant la Nouvelle Union populaire, environnementale et sociale (Nupes), qui en a obtenu 25,66. % des suffrages les suffrages. Mais ces résultats officiels ont provoqué de violentes réactions au sein de la coalition de gauche, persuadée qu’elle l’avait emporté sur Ensemble ! Le directeur exécutif de La France insoumise, Manuel Bompard, a notamment condamné la “nouvelle manipulation” du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, l’accusant de “surgir artificiellement” la coalition présidentielle à la tête en ne comptant pas les nuances de Nupes sur plusieurs candidats.
NOUVELLE SORTIE D’ALARME #DARMANIN
Alors que la #NUPES a recueilli 6 101 968 voix (soit 26,8 %), le ministère de l’Intérieur ne lui a accordé que 5 836 202 voix (soit 25,7 %) pour faire sortir artificiellement le parti #Macron en tête.
Bonjour, Conseil d’Etat ?
— Manuel Bompard (@mbompard) 13 juin 2022
“La direction de la campagne Nupes est celle qui, dans un mail envoyé au ministère de l’Intérieur le 8 juin 2022, a listé tous les candidats auxquels il conviendrait d’attribuer la nuance Nupes”, justifie Place Beauvau à France Télévisions.
Pour autant, Manuel Bompard n’est pas fâché et expose plusieurs cas “d’omission manifeste”. Trois cas ont notamment été évoqués en France, à commencer par le candidat Hervé Solinyak (qui s’est classé premier dans la 1ère circonscription de l’Ardèche), qualifié de « gauche différente » dans les résultats annoncés par le ministère de l’Intérieur. Par conséquent, son résultat n’a pas été pris en compte dans les résultats nationaux de l’Alliance de gauche.
Lié par franceinfo, le ministère de l’Intérieur a justifié la décision, Hervé Solinyak “contestant l’accord, affirmant à plusieurs reprises qu’il était socialiste et qu’il le resterait au parlement”. Pour autant, l’intéressé “ne comprend pas” pourquoi la place Beauvau la qualifie de “gauche différente”, précise l’équipe de sa campagne sur franceinfo. Selon elle, Hervé Solinyak “s’est déclaré PS en préfecture lorsqu’il s’est présenté”, mais “il a vraiment été investi par Nupes” et n’a pas renoncé à cette étiquette.
Le cas de Joël Aviragnet, qui s’est classé premier dans la 1ère circonscription de l’Ardèche, a également irrité Nupes. Le ministère dit l’avoir placé parmi les “diverses gauches” en raison de la candidature dissidente d’Anabel Faunier, “qui a fait savoir dans la presse qu’elle avait le soutien de La France insoumise”. Dès lors, le député socialiste sortant ne peut pas s’appeler Nupes, surtout après que sa cheffe de campagne, Carol Delga, présidente de la région Occitanie, “ait déclaré publiquement qu’il était contre l’accord” à gauche, a ajouté la Place Beauvau.
Pourtant, lié à franceinfo, Joël Aviragnet déclare être “le seul candidat du PS dans la circonscription sous l’accord Nupes”. Interrogé pour savoir si ses votes devaient être comptés avec la coalition de gauche, il est intervenu : “Demandez à mon électorat. Favorable aux mesures sociales de Jean-Luc Mélenchon, il a en revanche dénoncé “l’absence de coopération avec l’Ukraine, le retrait de l’Otan ou le non-respect des accords européens” prônés par le chef de file de La France insoumise.
Enfin, Manuel Bompar cite le cas du socialiste Dominique Pottier, investi officiellement par le Nupe et classé premier dans la 5e circonscription de Mert et Moselle. Mais ce candidat socialiste avait refusé cette nomination. “Ma conscience était que je ne voulais pas prendre l’étiquette Nupes”, a-t-il confirmé au soir du premier tour, après avoir recueilli 44% des suffrages.
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Pays socialiste, nous ne cachons pas notre étonnement face à ces initiatives place Beauvau. Lié à franceinfo, le secrétaire national Sébastien Vincini “ne comprend pas pourquoi nos trois socialistes Aviragne, Solignac et Potier ne sont pas pris en compte alors qu’ils sont bien investis par le Nupes”.
Ces trois candidats ont recueilli 44 420 voix, soit 0,2 % des suffrages exprimés au niveau national. Un reliquat symbolique du vote qui permettrait surtout au Nupes de prendre la tête du premier tour s’il était compté, les chiffres du ministère de l’Intérieur créditant la majorité d’une avance de seulement 21 359 bulletins sur l’ensemble de la France. Le ministère, de son côté, donne des cas similaires à la majorité présidentielle. Damien Abad (ex-LR), dont on peut penser à juste titre qu’il est épaulé par Ensemble ! marqué “divers” et “divers centre”. Soit 15 661 votes entre eux.
Autre point litigieux : les DOM-TOM et la Corse, où le label Nupes n’a pas été conservé. “Dans cette liste, aussi complète soit-elle, il n’y avait aucun candidat étranger”, a poursuivi le ministère, citant des noms annoncés par la coalition de gauche. “Ces candidats n’apparaissent pas non plus sur leur site officiel”, qui comptait 544 personnes (546 désormais car la page de Nupes a été mise à jour lundi avec les noms de Saulignac et d’Aviragnet, qui n’y figuraient pas). Dans ces territoires, explique Manuel Bompard, “il y a des formations politiques locales qui ne peuvent pas être représentées lors des négociations nationales” sur le Nupes, explique Manuel Bompard, “et il était donc difficile de dire à leur place qui serait le candidat”.
Évidemment, l’existence de partis locaux n’a pas permis de mettre en œuvre l’investiture de la même manière qu’en France. A La Réunion, par exemple, “les différentes formations engagées dans l’accord Nupes ont soutenu le même candidat”, Jean-Yug Rathenon, a poursuivi Manuel Bompar. “Mais il y avait des partis locaux parmi eux qui n’étaient pas représentés dans les débats nationaux”, rendant impossible la formation d’un accord formel. Pourtant, les prises de position du député ne laissent aucun doute sur son enthousiasme à l’égard de la coalition de gauche. En Martinique, Marie-Noël Delaney, candidate de Jean-Luc Mélenchon à L’Union populaire, est considérée comme une “autre gauche” par le ministère.
Il n’y a pas eu d’investissement officiel dans ces territoires faute de possibilité d’intégrer les formations locales dans les négociations nationales ascendantes. Le Parti socialiste distinguait ainsi ses candidatures dans les “départements concernés par l’accord des Nupes” – 69 noms au total – et celles des “zones non concernées” – soit huit noms au total en Martinique, Guadeloupe, La Réunion et les quatre corses comtés.
Il faut donc regarder en détail. Par exemple, quelle nuance faut-il attribuer aux candidats Marceline Nado et Jean-Philippe Nilor de la formation locale martiniquaise Péyi-A, qui sont premiers dans les 3e et 4e circonscriptions ? Qu’en est-il de Christian Baptist, candidat du Parti démocrate progressiste de Guadeloupe, qui a terminé deuxième dans la 2e circonscription de Guadalupe ? “Nous devons être représentés à l’Assemblée nationale dans le groupe qui réunit le PS, les autres partis de gauche et les écologistes : les Nupes”, a-t-il écrit dimanche en remerciement. En l’absence d’accord formel, le logo Nupes n’est pas apparu lors de sa campagne.
La coalition de gauche estime que les voix obtenues par ces candidats doivent être comptées, même dans les circonscriptions non couvertes par l’accord.
En résumé, alors dans ces circonscriptions il y a deux options : adhérer aux contours de l’accord formel ou attribuer un label Nupes au cas par cas. “L’important est de savoir ce qui est vrai”, a ajouté Manuel Bompard, car ces candidats “s’ils sont élus, siégeront bien dans la majorité de l’union populaire”. Franceinfo a tenté d’obtenir une liste complète des candidats désignés par le Nupes dans les circonscriptions “non conventionnées”, complétant celle transmise au ministère de l’Intérieur. En vain.
Dès lors, afin d’établir les résultats, franceinfo adhère à la liste annoncée par l’Intérieur. Certains médias, comme Le Monde, ont choisi de marquer eux-mêmes les 6 300 candidats aux législatives, intégrant par exemple les candidats soutenus par le Nupes en Corse et à l’étranger. C’est pourquoi le quotidien publie des résultats différents de ceux annoncés par le ministère de l’Intérieur, annonçant la victoire de Nupes d’une courte tête devant Ensemble ! (26,10% des voix contre 25,81%).
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