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parmi les quatre prisonniers exécutés, un rappeur et un opposant historique

La junte birmane a exécuté quatre prisonniers, dont un ancien député du parti d’Aung San Suu Kyi et une star du hip-hop, ont annoncé lundi les médias officiels, la peine de mort n’étant plus pratiquée dans le pays depuis des décennies. En éliminant les opposants populaires, le pouvoir militaire s’enferme dans une impasse sanglante qui peut trahir la faiblesse du régime. Analyser.

C’est un tournant dans le conflit qui place depuis 18 mois les militaires au pouvoir à Rangoon face à la résistance civile armée. La junte birmane a exécuté quatre prisonniers, dont un rappeur, un ancien législateur pro-démocratie du parti d’Aung San Suu Kyi et un autre opposant de premier plan, la première exécution de la junte en 30 ans.

Les Birmans sont tiraillés entre “la tristesse et la colère”, rapporte le grand reporter de France 24 Cyril Payen, ancien correspondant en Asie du Sud-Est.

Kyaw Min Yu, 53 ans, connu sous le nom de “Jimmy”, était un écrivain et un opposant de longue date à l’armée, connu pour son rôle dans le soulèvement étudiant de 1988 contre la junte de l’époque. Il a été arrêté en octobre et condamné en janvier.

Phyo Zeya Thaw, 41 ans, ancien membre de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), a été arrêté en novembre et condamné en janvier pour avoir enfreint la loi antiterroriste. Ce pionnier du hip-hop en Birmanie, dont les paroles critiquaient déjà les militaires au début des années 2000, a été emprisonné en 2008 pour appartenance à une organisation illégale et possession de devises étrangères.

“Résistance traumatisante”

Certains Birmans se sont demandé si la junte irait jusqu’à tuer les deux opposants de premier plan, a déclaré à France 24 la correspondante de RFI à Rangoon, Juliette Verlin.

“Pourtant, la nouvelle de leur exécution n’est une surprise pour personne”, assure le journaliste. Phyo Zeya Thaw et Kyaw Min Yu sont des symboles de la lutte pour la démocratie – et très populaires – leur suppression est analysée par de nombreux observateurs comme une manière de “traumatiser la résistance”, pointe Juliette Verlin.

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Cyril Payen estime que les autorités entretiennent délibérément l’ambiguïté autour de leur sort. “Depuis la semaine dernière, les autorités ont nié avoir procédé à ces exécutions. Un message qui montre la perversité de la junte”, ajoute-t-il.

Les quatre hommes ont été reconnus coupables d'”actes de terreur brutaux et inhumains” et leurs exécutions ont suivi des “procédures carcérales”, a déclaré lundi l’agence gouvernementale birmane Global New Light, sans préciser comment ni quand ils ont été exécutés.

“Sans limites”

Mais tout indique que les exécutions ont eu lieu au cours du week-end, rapporte l’antenne anglophone de France 24 Han Htoo Khant Paint, un ami de Kyaw Min Yu, un opposant et écrivain exécuté. Ce militant et chercheur birman pro-démocratie vit désormais à Berlin, où il s’est réfugié il y a six mois.

Vendredi dernier, les personnes exécutées ont contacté leurs familles via Zoom, rapporte Han Htoo Khant Paint. À l’époque, ils ne savaient probablement pas qu’ils y vivaient leurs derniers instants : Phyo Zeya Thaw, la star du hip-hop birman, a même demandé à sa famille de lui envoyer “des lunettes ainsi qu’un dictionnaire”, rapporte le chercheur.

Leur assassinat est la preuve pour la communauté internationale que “la junte ne connaît pas de frontières lorsqu’il s’agit de se maintenir au pouvoir”, a conclu le militant pro-démocratie.

Ces exécutions, suivies d’une vague de condamnations officielles de Washington à Tokyo, risquent de mettre en lumière l’isolement international des soldats birmans. Ce dernier a pris le pouvoir par la force le 1er février 2021, sous prétexte de fraude présumée lors de l’élection de l’année précédente, remportée à une écrasante majorité par la NLD d’Aung San Suu Kyi.

“Ces actions perverses devraient marquer un tournant pour la communauté internationale. (…) Le statu quo de l’inaction internationale doit être fermement rejeté”, a réagi Tom Andrews, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme en Birmanie, sur Twitter.

Je suis dévasté d’apprendre que l’ancien parlementaire Zeyar Tau et l’activiste de longue date Ko Jimi ont été exécutés avec deux autres personnes aujourd’hui. Les États membres de l’ONU doivent honorer leur vie en faisant de cet acte dépravé un tournant dans la réponse mondiale à cette crise. Ma déclaration est jointe. pic.twitter.com/zhdBxFDXoo

– Rapporteur spécial des Nations Unies Tom Andrews (@RapporteurUn) 25 juillet 2022

Menant une guerre civile, le général à la tête du coup d’État, Min Aung Hlaing, est actuellement partiellement “enfermé”, évalue Cyril Payen, qui a trouvé dans le voyage du militaire à Moscou en juillet un aveu d’une certaine faiblesse. Avec la Chine, la Russie représente l’un des soutiens de la « junte on ne peut plus isolée ».

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Premières représentations d’une longue série ?

Selon Cyril Payen, en exécutant des opposants, les autorités font également preuve d’une certaine fébrilité : « L’armée birmane est sur la sellette. En un an et demi, les Forces de défense du peuple (PDF) se sont soulevées aux quatre coins de la Birmanie et ont multiplié les frappes contre tous les apparatchiks du pouvoir.”

Mais une question taraude les Birmans, note Juliette Verlin de RFI : “Et si ces tueries étaient les premières d’une longue lignée ?”

Depuis le coup d’État militaire, 115 opposants à la junte ont été reconnus coupables de terrorisme, suggérant de nouvelles exécutions.

Trente ans après les dernières exécutions, Han Htoo Khant Paint et ses amis militants restés en Birmanie craignent que la pendaison de lundi ne soit un “précédent inquiétant”.

La date du 25 juillet restera symbolique pour les Birmans, estime Cyril Payen : l’exécution de deux hommes dont la popularité est si grande est une insulte au peuple.

Mais là où la junte entend “terroriser”, il est probable qu’elle ait plutôt rassemblé une population en colère déjà déterminée à renverser les soldats, estime Juliette Verlin.

Selon elle, la nouvelle risque de “provoquer une vague de revanche de la résistance armée”. Lundi, l’un de ces groupes a déjà tiré au lance-grenades sur le bâtiment de la télévision d’Etat MRTV, situé dans une rue passante de la capitale, rapporte le correspondant.

Avec sa ligne dure et sa fuite en avant violente, la junte s’avère être un échec, conclut Cyril Payen : les putschistes n’ont pas gagné leur pari de mettre la population à genoux.

L’armée au pouvoir poursuit une répression sanglante contre ses opposants, avec plus de 2 000 civils tués et plus de 15 000 arrêtés depuis le coup d’État du 1er février 2021, selon une ONG locale.

Elle fait également face à des accusations de génocide contre les Rohingyas. En 2017, plus de 740 000 membres de cette minorité musulmane se sont réfugiés dans des camps de fortune au Bangladesh pour échapper aux violences militaires.