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Partager un conseil | Les restaurateurs mettent la pression

L’inflation, et surtout la hausse des prix alimentaires, ont fait grimper les factures des restaurants. Et plus l’addition est élevée, plus le pourboire pour le serveur sera intéressant, puisqu’il est calculé sur l’addition, ce qui augmente l’écart entre les salaires des serveurs et ceux du personnel de cuisine du même restaurant. Selon l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), qui pousse pour que la loi soit modifiée afin de permettre le partage des pourboires, en situation de pénurie de main-d’œuvre, la situation est intenable.

Posté à 6h00

Stéphanie Bérubé La Presse

« La pandémie nous a fait perdre beaucoup de personnel en cuisine, explique Martin Vézina, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’ARQ. Au rythme des fermetures et des ouvertures, certains se sont tournés vers les secteurs de la santé ou de la construction, explique-t-il. Résultat : recruter des cuisiniers, des majordomes ou des plongeurs est très difficile.

Selon la Loi sur les normes du travail du Québec, un pourboire appartient à l’employé qui le reçoit du client. Ainsi, un restaurateur ne peut obliger ses employés de salle à manger, principalement des serveurs, à partager des pourboires avec des employés de cuisine. Cela conduit évidemment à une grande disparité de revenus au sein d’un même restaurant. Selon les données de l’ARQ à l’automne 2021, un chef s’en sortait avec un salaire moyen de 19 $ de l’heure, tandis que son collègue serveur empochait environ 35 $.

Cependant, les employés peuvent décider de partager les pourboires entre eux. Ils doivent alors convenir d’un arrangement sans contrôle avec leur employeur.

De nombreux restaurants fonctionnent de cette façon. L’ARQ ne dispose pas de données sur la proportion de restaurants au Québec où les pourboires sont partagés, mais note ce qui suit : les restaurants qui ont une entente de partage auront plus de difficulté à recruter des serveurs, surtout dans le contexte actuel où un candidat potentiel n’a qu’à frapper à la porte dans le quartier pour trouver un emploi, explique Martin Vézina.

L’Association des restaurateurs du Québec défend cet enjeu depuis longtemps. À sa demande, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a mis sur pied un comité d’échange d’avis regroupant des représentants de l’industrie de la restauration, du ministère et des syndicats. L’ARQ s’apprête à remettre son rapport au ministère.

“Puisqu’il s’agit d’un changement de loi, c’est donc plus compliqué”, explique Martin Vézina.

Révision fiscale

Jean Bédard, le grand patron du groupe Grandio, connu pour ses restaurants La Cage, appuie la révision de la Loi sur les normes du travail. Il s’est inscrit cette semaine au registre des lobbyistes du Québec en compagnie de son collègue Pierre Moreau, PDG des Restos Plaisirs, qui fait maintenant partie du groupe Grandio.

PHOTO FRANCOIS ROI, ARCHIVES LA PRESSE

Jean Bédard, Président du Groupe Grandio

“Le déséquilibre entre les salaires effectifs des ouvriers de cuisine et leurs pairs continue de croître, et il devient de plus en plus difficile de recruter et de retenir des ouvriers de cuisine”, indique la liste. « La crise de la COVID-19 au Québec a eu un effet dévastateur sur la main-d’œuvre de la restauration », a-t-il ajouté.

En plus du partage des pourboires, les restaurateurs souhaitent avoir une vue d’ensemble de la façon dont les crédits de pourboire sont calculés. Actuellement, l’employeur perçoit un remboursement de ses cotisations sur 75 % des pourboires déclarés ; les restaurateurs souhaitent que les remboursements soient calculés sur le montant total des pourboires reçus par leurs employés.