France

“Personne ne me marche sur les orteils comme ça !” » Elizabeth Bourne, la robuste Matignon

Bivouac à Matignon. Les fenêtres du premier étage doivent être remplacées, Elizabeth Bourne a déménagé au rez-de-chaussée. Austère, son bureau a été reconstitué à l’identique dans la chambre bleue, ouverte sur le parc. Contrairement à Edouard Philippe, qui commente volontiers ses objets de prédilection – un sabre d’artillerie ou une ancre flottante – la deuxième femme de la Ve République à entrer à Matignon ne montre rien de personnel. Une seule photo d’elle en compagnie d’un chef coutumier amazonien. Une affiche banale de la Route du rhum. Une maquette de rame de métro, souvenir de son passage à la tête de la RATP. Quelques plantes vertes. Derrière son bureau, le dessin du fils d’un conseiller. “Dragon! » élabore-t-elle, surprise qu’on n’ait pas reconnu la créature croquée par l’enfant.

Lorsqu’elle reçoit Le Monde le 1er août, celle qui veut se faire appeler “Madame la Première ministre” – du temps d’Edith Cresson le nom n’était pas féminisé – s’apprête à partir en vacances dans le Var après avoir signé les lettres de cadrage budgétaire qui devaient y aller aux ministères, lundi 8 août. Elle porte une robe noire stricte, les cheveux courts de la même couleur que ses yeux, argent. Elle est épuisée. La session parlementaire a été lourde et saturée. Mais elle s’est terminée par le vote du projet de loi de finances rectificatif et du texte sur le pouvoir d’achat. Une victoire âprement disputée pour le gouvernement, qui a perdu sa majorité en juin et doit désormais composer avec une opposition nerveuse. “Nous avions peur de ne pas pouvoir trouver de majorités”, a-t-elle déclaré. Je me suis beaucoup mobilisé pour voir comment on pouvait trouver un moyen. Les Français voulaient qu’on montre qu’on pouvait travailler ensemble, faire des compromis. »

La Première ministre Elizabeth Bourne à l’hôtel Matignon à Paris le 1er août 2022 KAMIL ZIHNIOGLU FOR THE WORLD / KAMIL ZIHNIOGLU FOR THE WORLD La première ministre Elizabeth Bourne à l’hôtel Matignon à Paris, le 1er août 2022 KAMIL ZIHNIOGLU FOR THE WORLD

Depuis sa nomination le 16 mai dernier, Elizabeth Bourne reçoit les présidents des groupes de la chaîne, tirant sur sa vape et posant la même question, cash : « Que comptez-vous faire ? “Olivier Marlaix, qui préside le groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale, savoure ces ‘nouveaux’ respects, tout en appréciant que l’école polytechnique ne ‘fait pas semblant’.” « C’est une ingénieure qui, face à un problème, essaie de trouver des solutions. Un atout dans ces circonstances. Il n’y a rien de pire que de ressentir la fausse amitié de ceux qui essaient de vous manipuler. » Même bonne volonté de son collègue du Sénat, Bruno Retaillo, qui juge son « profil en décalage avec le retour de la politique » mais loue sa « candeur » et sa « connaissance du dossier ». Plus épicée a été la conversation avec le président du groupe du Parti socialiste (PS) Boris Vallo, qui a dirigé un cabinet de gauche en même temps qu’elle pendant le quinquennat de François Hollande. Bourne lui demande si les socialistes sont prêts pour une coalition avec le gouvernement. Vallo répond non. Elle insiste : « Allez-vous voter pour les paroles ?

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