Il veut congédier le gouverneur de la Banque du Canada. Il soutenait les camionneurs, flirtait ouvertement avec les théoriciens du complot. Il alimente la colère et le ressentiment.
Rarement un nouveau chef de parti aura suscité autant de méfiance, voire de peur.
Pierre Poilievre dérange. Il se débat. Il affronte.
Certains le voient comme le vaillant chevalier qui les libérera des élites bien intentionnées et déconnectées, d’autres comme un dangereux populiste sur le point d’apporter la politique de la terre brûlée de Trump au Canada.
Lors de sa victoire samedi soir, il a certainement mis de côté sa fixation sur les crypto-monnaies et autres thèses douteuses. Pour le reste, il est resté fidèle à lui-même.
vaches sacrées
Pierre Poilievre semble imperméable aux critiques au vitriol qu’il provoque. Parce que le nouveau chef conservateur est intelligent. Il ose dire à haute voix ce que beaucoup pensent tranquillement.
Hérésie sur le limogeage du gouverneur de la Banque du Canada? Légalement bien sûr. C’est certainement une atteinte à l’indépendance de la banque. Mais est-il légitime de s’interroger sur la compétence d’une institution qui a raté le coche sur l’inflation alors que son rôle premier est de venir voir les coups ?
Une main noire tendue aux adeptes de la théorie du grand complot pour décréter qu’il bannira ses ministres du Forum économique mondial ? Le plus probable. Cependant, il n’est pas totalement insensé de remettre en cause la légitimité d’une cabale de milliardaires qui, pour se donner bonne conscience, s’arrogent le droit de définir les grandes priorités mondiales lors d’une retraite annuelle en Suisse.
C’est le talent de Pierre Poilievre. Tel un funambule, il travaille sur la fine frontière entre l’indescriptible et l’inexprimable. Ce faisant, il ébranle les piliers du discours politique accepté et acceptable.
Se recentrer ?
Avec l’appui d’un impressionnant 68 % de députés du parti au premier tour, Pierre Poillievre s’offre le luxe d’un mandat clair. Il n’a aucune obligation de compromis.
La question est maintenant de savoir s’il saura transformer cette impulsion populiste en un mouvement politique crédible à l’échelle nationale.
Beaucoup s’accrochent à leur rêve d’un pivot central. Pour autant, il ne commettra pas l’erreur de son prédécesseur, Erin O’Toole, d’imposer un conservatisme dilué, incolore et insipide à sa base militante.
Au-delà de l’appel à l’unité du parti, Pierre Poilievre a déjà amorcé son grand virage là où on l’attendait le moins.
Pierre Poilievre change peu à peu de registre. La colère fait place à la souffrance des gens. Celle de la mère qui a perdu deux fils à cause d’une overdose, celle de l’immigrée dont les diplômes ne sont pas reconnus, celle des jeunes actifs qui vivent encore chez leurs parents.
Il parle soudain de l’espoir qu’il leur offre.
Maintenant qu’il a gagné, Pierre Poilievre doit décider qui deviendra le chef de l’opposition.
Ce serait une grave erreur de déclarer que le Parti conservateur vient de se suicider politiquement contre les libéraux de Justin Trudeau.
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