France

Pour réformer l’assurance-chômage, le gouvernement veut s’inspirer du Canada

Benoit Tessier via Reuters Le ministre du Travail, du Plein emploi et de l’Intégration Olivier Dussopt et la Première ministre Elisabeth Borne à la sortie de l’Elysée le 14 juin 2022.

CHOMAGE – Etendre la réforme en se fixant un objectif : renverser toutes les règles, notamment celles sur l’indemnisation, pour reprendre le travail. Le ministre du Travail Olivier Dussopt a confirmé dans un entretien au Parisien publié mardi 26 juillet, les premiers axes et pistes de réflexion pour la nouvelle réforme de l’assurance-chômage annoncée par Emmanuel Macron lors de son entretien du 14 juillet.

Celui-ci fera l’objet d’une concertation avec les partenaires sociaux “dès la rentrée”, à l’issue du premier cycle de réflexion sur la gouvernance du dispositif. Le texte devrait d’ailleurs figurer en tête du menu du Parlement à son retour des vacances d’été, dès le début du mois d’octobre.

Avant même ces discussions, le gouvernement semble déjà avoir trouvé l’inspiration à l’étranger. “Nos règles de rémunération doivent tenir compte de la situation sur le marché du travail, comme le fait le Canada par exemple”, a déclaré au quotidien l’ancienne ministre du Budget, qui a remplacé Elisabeth Bourne rue de Grenelle. “Quand ça va bien, on resserre les règles, et quand ça va mal, on les assouplit”, a-t-il ajouté, rappelant que le premier volet de la réforme, qui a durci les conditions d’octroi des allocations, expire le 1er novembre 2022, qu’il doit s’étendre.

Vers une durée d’indemnisation évolutive ?

De nouvelles règles dépendant des conditions économiques et de la dynamique du marché du travail, qu’est-ce que cela signifie ? “Cette évaluation se fera soit par des critères, comme le nombre de trimestres consécutifs d’amélioration de l’emploi, soit par un comité qui nous donne un avis.” Les conditions ne sont pas fixées », omet Olivier Dussopt, alors que son ministère annonçait ce mercredi 27 juillet une nouvelle baisse du nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi entre avril et juin (3 165 900 en catégorie A, soit une baisse de 15,1 % pour un an et 5 436 100 pour A, B et C soit -8,9% pour un an).

« La dernière réforme a modifié la rémunération journalière de référence et la période de recharge des droits. Des traces peuvent être ouvertes sur la durée de l’indemnisation et son caractère dégressif”, ajoute le ministre. Au Canada, il n’y a pas de réduction des prestations de chômage. En revanche, le nombre d’heures travaillées nécessaires pour ouvrir ses droits et la durée de la prestation varient au niveau de chaque province en fonction de l’état du marché du travail.

Plus le taux de chômage est élevé, plus le nombre d’heures travaillées nécessaires pour débloquer des droits diminue. Dans une région où le taux de chômage est inférieur à 6 %, il faut avoir travaillé 700 heures pour avoir droit aux allocations chômage, contre 525 si le taux est compris entre 10,1 et 11 %.

UnédicDurée de l’engagement d’ouverture des droits sociaux en fonction du taux de chômage régional

Dans la même philosophie, plus le taux de chômage est élevé, plus la durée d’indemnisation est longue. “Ainsi, une personne ayant travaillé 700 heures aurait droit à 14 semaines d’indemnisation si elle résidait dans une région avec un taux de chômage inférieur à 6%, alors qu’elle aurait droit à 36 semaines d’indemnisation dans une région avec un taux de chômage supérieur à 16″. %.” , explique l’étude Unédic.

« Au Canada, 40 % des chercheurs d’emploi sont au chômage depuis moins d’un mois, et seulement 7 % y sont depuis plus d’un an. En France, c’est l’inverse !” Eric Cheve, le vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), une organisation patronale qui prône et promeut cette idée pour faire face à “la pression du recrutement”, a déclaré au Parisien. », rapportent les employeurs de nombreux secteurs.

“Ce n’est pas comme ça que fonctionne le marché du travail”

Une doctrine non partagée par tous les économistes et syndicats. Nombre d’entre eux alertent sur un modèle qui n’est pas forcément transposable aux particularités de l’activité économique et du marché du travail en France, ni même au niveau d’études de nos demandeurs d’emploi. “Le marché du travail ne fonctionne pas comme ça”, expliquait en fin de semaine dernière la numéro deux CFDT Marylise Léon à nos confrères du Monde.

“Dans la grande majorité des cas, les problèmes de main-d’œuvre des entreprises concernent davantage les pénuries de compétences, les conditions de travail et de rémunération, et le fait que, malheureusement, de nombreux employeurs ne savent pas comment recruter”, ajoute-t-elle. La CGT, de son côté, redoute une réforme synonyme d'”appauvrissement” accru des chômeurs et d’instauration de “droits diminués”.

2 milliards d’euros d’économies sur le dos des chômeurs (réforme de l’assurance-chômage).

5 milliards sont reversés chaque année aux plus riches (ISF + flat tax).

@olivierdussopt et ce gouvernement doivent être virés ! https://t.co/eISHcz7JeI

— Mathilde Panot (@MathildePanot) 27 juillet 2022

Les syndicats pointent également le fait que le gouvernement n’a pas encore évalué l’impact des mesures, qui entrent en vigueur à partir de 2021, avant de “faire avancer” la réforme de l’assurance-chômage. Par ailleurs, fin 2021, 30 % des personnes inscrites à Pôle emploi n’avaient pas été indemnisées. Ainsi, réduire la durée des droits – lorsque le taux de chômage baisse – ne les inciterait plus à accepter des offres d’emploi.

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