France

Pourquoi la peur est-elle si efficace ?

Pierre-Luc Brillant, 44 ans, comédien et musicien, sera le candidat du PQ dans Rosemont.

Vendredi dans notre chronique Make a Difference, il expliquait sa décision de plonger dans l’arène politique pour faire avancer la cause de l’indépendance.

Son plaidoyer frappe par sa sincérité, son idéalisme, son ampleur, son attrait pour le meilleur du peuple québécois.

phrase ailée

De nombreux lecteurs l’ont loué et encouragé, mais je suis principalement intéressé par les commentaires négatifs ici.

Je m’intéresse à eux parce qu’ils étaient un merveilleux représentant d’une pensée commune.

Lisez-les et vous verrez où je veux en venir.

Les opposants à la position de M. Brilliant n’ont guère fait l’éloge des mérites du Canada.

Ils ont plutôt insisté sur le fait que le projet d’indépendance serait désuet, qu’on perdrait telle ou telle prime fédérale, qu’on ne pourrait pas se passer d’Ottawa.

Il existe des réponses parfaitement raisonnables à tout cela.

Les nations déjà indépendantes pensent-elles que leur propre indépendance est déjà terminée ?

Si la péréquation est versée au Québec parce qu’il est moins riche que la moyenne canadienne, est-ce que l’appartenance à cette fédération est si avantageuse?

La planète n’a-t-elle pas beaucoup de petites nations prospères ?

Cependant, c’est la même vieille histoire depuis des décennies : ne peut pas, ne peut pas, ne peut pas…

Cette réduction masochiste de nos capacités s’est avérée indéniablement efficace.

Comment expliquer son succès durable ?

Personne ne l’a mieux expliqué que Camille Loren :

« Le destin, disait-il, veut que le Québécois naisse et soit élevé sous le signe de l’ambiguïté et de l’ambivalence, ce qui fait de lui un être confus, tourmenté, divisé contre lui-même, incapable d’intégrer les éléments de sa riche personnalité, de harmoniser ses aspirations et son action, inscrire ses rêves dans la réalité, secouer la tutelle, vaincre ses peurs, affronter l’inconnu à ses risques et périls, assumer pleinement sa liberté, son histoire et son existence ».

Corrigez soigneusement.

Tout est là, jamais mieux dit : l’ambiguïté, la confusion, le doute, la peur, la paralysie.

Confronté au choix entre risque et sécurité, l’homo kebekensis psychologiquement structuré privilégiera la sécurité à l’audace et à l’emprise.

D’ailleurs, si Camille Lorraine et Jacques Parisot suscitaient une haine aussi profonde, infiniment plus que René Lévesque, c’est parce que leurs adversaires voyaient que ces deux Québécois ne craignaient rien ni personne.

Ils ne correspondaient pas à l’image classique du Québécois, rabaissé par le doute, la peur, l’hésitation, visant bas.

Ils n’avaient pas non plus besoin de crier. Ils l’ont pris à fond, sans le moindre complexe, avec calme et confiance.

Survivre

La CAQ sera réélue parce que les Québécois la trouvent réconfortante et parce que les autres partis ne sont pas prêts à gouverner.

Mais la CAQ demeure un projet politique à court terme.

Je trouverais tragique que le PQ, le seul parti qui garde vivant l’idéal de souveraineté, meure.