De quoi semer un nouveau froid entre Paris et Kyiv, alors qu’Emmanuel Macron, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE jusqu’au 1er juillet, subit la pression de l’Ukraine, qui attend sa visite depuis le début de l’offensive russe le 24 février. Les réactions sont également vives dans les pays d’Europe de l’Est, qui se sentent les plus menacés par leur puissant voisin russe.
À long terme
“Le président français cherche toujours des moyens de sauver l’humiliation du criminel de guerre Poutine. Que dirait-il à cette petite fille en Ukraine ? demande le président de la commission des affaires étrangères du parlement estonien, Marko Mihkelson, sur sa page Facebook au-dessus d’une photo d’un enfant amputé d’une jambe sur un lit d’hôpital. Le ministre letton des Affaires étrangères, Edgars Rinkevics, a quant à lui ironisé sur le dialogue qu’Emmanuel Macron continue d’avoir avec le maître du Kremlin, citant sur Twitter une chanson d’amour russe de l’ère soviétique (« J’ai peut-être oublié ma fierté. voix… »).
“Poutine ne négociera que lorsque son armée ne pourra plus avancer, humiliée ou non. Macron doit se concentrer là-dessus », a déclaré Michael McFaul, un ancien ambassadeur de Barack Obama en Russie qui est maintenant professeur à l’université de Stanford. Emmanuel Macron est de son côté sur le long terme, quand “la paix reviendra” et quand “de nouveaux équilibres sécuritaires” devront être construits en Europe. Ensuite, il faudra “ne jamais succomber à la tentation de l’humiliation ou à l’esprit de vengeance”, a-t-il déclaré le 9 mai à Strasbourg.
“Voie de sortie”
Le chef de l’Etat a ensuite fait allusion à la “dictature” imposée en 1919 par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale en Allemagne, avec de lourdes pertes territoriales et des réparations, qui conduirait à une nouvelle guerre mondiale en 1939-1945. Il ne faut pas humilier la Russie “ainsi que le jour où les combats cesseront, nous pourrons construire une porte de sortie par la voie diplomatique », a-t-il répété samedi dans une interview à plusieurs quotidiens régionaux. Derrière ce débat se cache la question d’un cessez-le-feu et d’éventuelles concessions à la Russie.
L’Ukraine doit-elle recevoir un soutien inconditionnel jusqu’à ce qu’elle remporte une victoire complète, comme le suggèrent les Américains et les Européens de l’Est ? Au risque de voir la Russie riposter contre l’Occident, y compris avec des armes nucléaires, d’autres sont-ils inquiets ? Si, en revanche, le conflit se fige dans le Donbass, “à un moment donné, épuisées par les efforts militaires, les deux parties pourraient s’entendre sur un cessez-le-feu sans pour autant mettre fin au conflit”, a déclaré Marie Dumoulin, experte au Conseil européen de la coopération internationale. Affaires.relations (ECFR) dans une note pour analyse.
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Quelle paix ?
Mais beaucoup craignent le précédent de 2014, lorsque l’Occident a permis à la Russie d’annexer la Crimée sans un seul coup de feu, et les accords de Minsk de 2015, qui n’ont pas réussi à mettre fin au conflit avec les pro-russes en Europe de l’Est. Puis Paris et Berlin étaient en mouvement. Sept ans plus tard, Emmanuel Macron revendique toujours un “rôle de médiateur” pour la France, dénonçant également “l’erreur historique et fondamentale” de Vladimir Poutine. Mais pour quelle paix ? Cela se fera dans les “conditions” fixées par l’Ukraine, insiste le chef de l’Etat, sans forcément rassurer ceux à l’Est qui le soupçonnent de vouloir faire des concessions à Moscou.
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