France

pourquoi Marine Le Pen a perdu le match revanche face à Emmanuel Macron

Marin Le Pen n’a pas réussi à venger Emmanuel Macron. Le candidat du Rassemblement national (RN) n’a pas réussi à vaincre le président sortant, qui passera les cinq prochaines années à l’Elise, dimanche 24 avril. Bien sûr, il a amélioré son score par rapport à 2017 de 41,8% des suffrages, selon la première estimation Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France, France 24, Chaînes parlementaires et Le Parisien. “Malgré deux semaines de méthodes injustes, brutales et violentes, les idées que nous présentons atteignent de nouveaux sommets un soir du second tour de l’élection présidentielle. Le résultat de ce soir est une victoire retentissante en soi. »Marine Le Pen a réagi immédiatement après l’annonce des résultats.

Elle a pourtant terminé bien derrière Emmanuel Macron. Ce dernier a obtenu 58,2% des voix. Ainsi, l’extrême droite a subi sa troisième défaite en autant de participations au second tour des élections présidentielles après 2002 et 2017.

>> Résultats de la présidentielle 2022 : regardez en direct la soirée du second tour

Pour la députée du Pas-de-Calais de 53 ans, la déception justifie les attentes que son camp avait avant le premier tour. “Si on m’avait dit il y a six mois que Marin Le Pen marquerait mieux qu’en 2017, j’aurais signé des deux mains tout de suite”, a déclaré Luis Aliot, maire RN de Perpignan, en annonçant les résultats le 10 avril. Deux semaines plus tard, la candidate a vu ses rêves élyséens s’évaporer sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs.

>> Retrouvez les résultats du second tour de l’élection présidentielle dans votre commune

Parce qu’elle était face à un front républicain toujours efficace

Selon la rumeur, il aurait perdu du poids au cours de ses dernières heures. Mais au soir du premier tour, le front républicain contre l’extrême droite s’est réactivé. Valérie Pecres (4,78%), Yannick Jado (4,63%), Fabien Russell (2,28%) et Anne Hidalgo (1,75%) ont explicitement appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour. “Aucun vote ne doit aller à l’extrême droite et à Marin Le Pen”, ont affirmé Jean-Luc Melanchon (21,95%) et Philippe Putou (0,77%) dans le choeur. Seuls Eric Zemmour (7,07%) et Nicolas Dupont-Ainyan (2,06%) ont appelé à l’élection du candidat RN deux semaines plus tard, sur le front ouvert “anti-Macron”.

Très vite, le camp de Le Pen a tenté de séduire ceux qui avaient mis un bulletin La France insoumise dans l’urne. “Je dis aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, soyez vraiment désobéissants, (…) ne sauvez pas la tête d’Emmanuel Macron, ne signez pas pour la retraite à 65 ans ni pour atteinte sociale au service public”, a commencé le député RN Sébastien Chen , à partir du dimanche 10 avril, au LCI. Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen cherche à former un « front contre Macron » avec des votes insoumis : pour Bryce Teinturier, directeur adjoint de l’institut Ipsos, maximiser le transfert de ces votes de la gauche radicale vers l’extrême droite était l’une des conditions préalables à la victoire de Marine Le Pen.Emmanuel Macron.

Parce que beaucoup de gens ont demandé qu’elle soit battue

Tout au long des deux ou deux tours, Emmanuel Macron continue d’insister sur la dangerosité des idées de Marin Le Pen. “Nous sommes vingt ans plus tard, ce qui a été un choc pour notre démocratie. Nous n’avons pas à nous habituer à la montée des idées d’extrême droite”, a déclaré le président sortant au lendemain du débat de l’entre-deux tours jeudi. Après l’élimination d’Eric Zemour, qui avait joué pour elle le rôle d'”épouvantail”, selon le politologue Gilles Ivaldi, Marin Le Pen voit son programme démembré et critiqué par tous les partis. Alors qu’elle menait une campagne furtive, selon le chercheur, elle a été directement exposée ici.

Depuis deux semaines, les tribunes réclamant la défaite de Marine Le Pen en votant pour Emmanuel Macron au second tour se multiplient. Sportifs, artistes, chefs d’État étrangers, soignants et autres utilisent leurs votes pour réactiver le Front républicain contre l’extrême droite. Les manifestations, en fait beaucoup moins massives qu’après le 21 avril 2002, ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes en France samedi 16 avril. Même Alexeï Navalny a appelé les Français à voter pour Emmanuel Macron. L’opposant russe de Vladimir Poutine accuse Marin Le Pen d’utiliser une banque russe qui serait “une agence de blanchiment d’argent bien connue créée à l’initiative de Poutine”. Au niveau judiciaire, l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) accuse le candidat RN d’avoir détourné personnellement près de 137 000 euros de deniers publics entre 2004 et 2017, selon Mediapart. Le parquet de Paris confirme avoir reçu le rapport d’Olaf le 11 mars 2022.

Parce qu’elle a pris quelques risques et a manqué de clarté sur le fond

Marin Le Pen a multiplié les déplacements dans les petites villes, pour la plupart vouées à sa cause, comme Vienne (Isère) fin février, les Hauts-de-France à plusieurs reprises ou encore Saint-Pierre-en-Auge (Calvados) pendant l’entracte. entre les tours. Le but : éviter la persécution devant les caméras par ses adversaires et continuer à développer sa stratégie de démonstration sans encombre.

“Elle est la seule candidate qui rencontre les Français partout dans le pays, loin de Paris, pour faire de vraies offres de pouvoir d’achat”, a déclaré Sébastien Chenou, député RN du Nord, dans un avion à destination de Perpignan (Pyrénées-Orientales) peu avant la première .cercle.

Mais cette stratégie du risque zéro n’est pas toujours payante. Lors d’une sortie de marché dans le Perthus (Vaucluse) le 15 avril, le candidat s’est trompé en raison d’un manque de clarté sur des sujets importants comme le référendum sur la peine de mort ou encore l’Europe. Interrogée par une femme portant un hijab blanc, la candidate peinait alors à prendre position sur l’interdiction du voile en public. Favorisée quelques jours plus tôt à une amende pour port de ce signe religieux en dehors de la sphère privée, Marine Le Pen a assuré le 16 avril à Saint-Rémy-sur-Aure (Eure-et-Loir) qu’il n’était pas “idiot” et a envoyé ce “problème complexe” à la “discussion” au parlement, puis au référendum sur une initiative citoyenne.

Parce qu’elle a enduré la campagne entre les deux tours et le débat télévisé

Au soir du premier tour, une toute autre campagne commence pour Marin Le Pen. Emmanuel Macron impose ses sujets de prédilection devant la caméra. Il a forcé son adversaire à réagir systématiquement à ses attaques, contre les retraites, mais aussi contre l’environnement, accusant Marine Le Pen lors d’un meeting à Marseille d’être “climato-sceptique”.

Un rapport de force qui s’intensifie lors du débat télévisé entre les deux prétendantes d’Elise. Bref retour sur ses démarches et son palmarès de députée, Marine Le Pen est de retour en défense. Elle avait pourtant fait de ce focus dans le tour intérimaire une priorité, soulignant qu’elle le préparait depuis longtemps pour ne pas retomber dans le piège du débat raté de 2017.

Selon un sondage réalisé par Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo et Le Parisien-Aujourd’hui en France, 43% des personnes interrogées estiment qu’Emmanuel Macron a été le plus convaincant, contre 24% pour Marine Le Pen. D’autres pensent que les deux candidats l’étaient autant l’un que l’autre. Dès lors, Marine Le Pen n’a pas su profiter de ce moment pour renouveler sa fin de campagne en demi-teinte. Et pour assister à la réunion qu’elle avait donnée aux Français.