France

Programme de surveillance de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) au Québec : bilan 2020.

Au Québec, l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) fait l’objet d’une collecte de données épidémiologiques à des fins de surveillance continue de la santé de la population depuis avril 2002.

Ce rapport décrit les principales caractéristiques des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) nouvellement diagnostiquées en 2020, et l’évolution du nombre de cas signalés entre 2019 et 2020.

Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la pandémie de COVID-19. La réponse à cette pandémie et la mobilisation des ressources ont affecté l’ensemble du système de santé, de la surveillance des infections à l’accès aux services de santé. Ce contexte influence fortement l’analyse et l’interprétation des données du programme 2020.

Accents

  • Le nombre de tests de dépistage du VIH effectués au Québec, qui a généralement augmenté chaque année depuis le début du programme, a diminué de 18,4 % en 2020.
  • Nombre total de cas (nouveaux et anciens diagnostics), en baisse de 2,8 % à 3,9 % d’une année sur l’autre depuis 2017, en baisse de 21,3 %, passant de 655 cas en 2019 à 515 en 2020 .
  • La légère baisse des nouveaux diagnostics inscrits au programme se poursuit, malgré des fluctuations d’une année à l’autre. Par conséquent, la baisse importante des cas en 2020 doit être interprétée avec prudence.
  • Les cas signalés en 2020 comprennent :
  • 212 nouveaux diagnostics en 2020 (nouveaux diagnostics) ;
  • 301 personnes qui avaient un diagnostic positif avant 2020 et qui n’étaient pas inscrites au programme ou ne pouvaient pas être inscrites au moment des tests positifs précédents (anciens diagnostics);
  • 2 cas qui ne peuvent être classés dans l’une ou l’autre de ces catégories.
  • Origine ethnoculturelle : Parmi ces cas, il y avait 237 personnes d’origine canadienne, 275 personnes d’origine ethnoculturelle non canadienne et 3 autres qui n’ont pas précisé leur origine ethnoculturelle.
  • L’âge moyen des nouveaux diagnostics est de 36 ans pour les hommes et de 45 ans pour les femmes. L’inverse était généralement observé les années précédentes : les femmes étaient plus jeunes que les hommes au moment du dépistage positif.
  • Répartition géographique : 515 cas en 2020 ont été signalés dans dix-sept des dix-huit régions du Québec, principalement à Montréal (59,6 %). La région des Terres-Cries-de-la-Baie-James n’en a enregistré aucun en 2020.
  • Répartition par sexe : les cas sont majoritairement masculins. Il y avait 378 cas chez les hommes et 137 chez les femmes.
  • Profil démographique : certains groupes de population, principalement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), sont touchés de manière disproportionnée par l’infection à VIH. Parmi les personnes nouvellement diagnostiquées en 2020 :
  • 54,2 % (n=115) des cas ont été signalés chez les HSH (57,1 % si l’on ajoute les HSH qui s’injectent des drogues, n=6). Ce groupe de population représente 70,1 % des nouveaux diagnostics chez les hommes (73,8 % si l’on inclut les six HSH qui s’injectent des drogues).
  • 20,8 % (n = 44) des cas concernaient des personnes originaires de pays où le VIH est endémique. Ce groupe de population représentait 60,4 % des nouveaux diagnostics chez les femmes et 9,1 % des nouveaux diagnostics chez les hommes.
  • 15,6 % (n = 33) des nouveaux diagnostics ont été rapportés chez des personnes ayant eu des partenaires hétérosexuels à risque ou chez des personnes hétérosexuelles sans autre risque (31,2 % des cas féminins et 11,0 % des cas masculins) .
  • 5,7 % (n=12) des nouveaux diagnostics provenaient de personnes qui s’injectent des drogues (8,5 % si l’on ajoute les six HSH qui s’injectent des drogues).
  • Un nouveau diagnostic d’infection périnatale est rapporté chez un jeune immigré infecté à la naissance et dans son pays d’origine.

La fréquence de dépistage semble sous-optimale :

  • 60,8 % des personnes nouvellement diagnostiquées en 2020 n’avaient jamais subi de test de dépistage du VIH auparavant ;
  • Plus de la moitié (57,8 %) des cas déclarant un test de dépistage du VIH antérieur avaient un résultat négatif datant de plus d’un an.
  • 39,8% des personnes nouvellement diagnostiquées en 2020 ont reçu un diagnostic tardif (taux de CD4 inférieur à 350 par ml), dont 25,0% à un stade avancé de l’infection (taux de CD4 inférieur à 200 par ml et/ou stade SIDA) .
  • Le taux moyen de nouveaux diagnostics était de 2,5 cas pour 100 000 personnes au Québec en 2020 :
  • La région de Montréal se démarque avec un taux nettement supérieur à la moyenne provinciale, soit 5,6 pour 100 000;
  • Le taux masculin est de 3,8 pour 100 000. Il est trois fois supérieur au taux féminin qui est estimé à 1,1 pour 100 000 ;
  • Pour les hommes, le taux le plus élevé est observé dans la tranche d’âge 30-34 ans – 10,1 pour 100 000.
  • Chez les femmes, il est rapporté dans la tranche d’âge 55-59 soit 3,5 pour 100 000.

Interprétation et limitation des données

  • La diminution des cas en 2020 est directement liée à la diminution du nombre de tests de dépistage du VIH sur la même période.
  • La prestation de services de dépistage du VIH a été affectée par la pandémie de COVID-19, entre autres, en limitant les rendez-vous en personne, en réduisant les heures de service et la disponibilité des ressources infirmières. Cette situation a varié selon les vagues de la pandémie, la région et les besoins du réseau de la santé. De plus, les mesures sanitaires mises en place qui visaient à réduire les contacts interpersonnels pourraient avoir réduit la demande de dépistage.
  • Le nombre de nouveaux diagnostics est encore élevé pour une infection qui peut être prévenue de manière ciblée et efficace, compte tenu de l’impact sur la vie des personnes vivant avec le virus.
  • La transmission du VIH est élevée chez les HSH : ce groupe de population enregistre le plus grand nombre de cas par an depuis le début du programme de surveillance du VIH.
  • Les données du programme comprennent les dossiers ouverts et enregistrés ; ils excluent les PVVIH diagnostiqués qui ne sont pas enregistrés, ainsi que ceux qui ne sont pas dépistés et qui ne connaissent pas leur statut sérologique. Il n’est donc pas possible de déterminer la prévalence ou l’incidence du VIH au Québec avec ces données.
  • Les nouveaux diagnostics ne sont pas seulement des cas aléatoires ; il s’agit d’un ensemble composé d’infections récentes (fréquence) et d’infections anciennes diagnostiquées tardivement.

En conclusion

Malgré ses limites, le programme dresse un portrait de l’infection à VIH au Québec en 2020.

  • La transmission du virus est toujours active au Québec.
  • Une proportion relativement importante de personnes vivant avec le VIH sont diagnostiquées tardivement et ne reçoivent pas de traitement approprié.
  • Les HSH restent le groupe de population le plus touché.
  • Ils sont suivis par les personnes originaires de pays où le VIH est endémique, et ils occupent la première place parmi les femmes.
  • Un nombre relativement faible de cas continue de se produire parmi les personnes qui ont des relations hétérosexuelles non protégées et parmi celles qui s’injectent des drogues avec du matériel non stérile.
  • La pandémie de Covid-19 a affecté l’analyse et l’interprétation des données du programme pour 2020.
  • Les données disponibles n’indiquent pas une augmentation des nouvelles infections et il y a eu peu de changement dans les caractéristiques des nouveaux diagnostics.