Et si ce témoignage venait renouveler une affaire que la justice a déjà tranchée à deux reprises ? Il y a quatre ans, le 9 mai 2018, Blessing Matthew, un migrant nigérian de 21 ans, était retrouvé noyé à Durans, dans les Alpes, à la frontière franco-italienne, après un contrôle de police. Le juge a rejeté l’affaire à deux reprises, la cour d’appel de Grenoble ayant jugé en février 2021 qu’il n’y avait aucune preuve à l’appui des allégations contre les gendarmes.
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Lundi 30 mai 2022, une association d’aide aux migrants, des migrants de Tus, ainsi que la sœur du migrant, ont exigé la reprise de l’enquête au vu de témoignages inédits remettant en cause la version des gendarmes. Officiellement, ils n’ont pas vu tomber le bienheureux Matthieu à Durans ce matin du 7 mai 2018, lorsqu’ils ont tenté de l’arrêter.
Vincent Brengart, l’avocat de la sœur de Blessing, a fait une nouvelle demande d’ouverture d’enquête sur la base de nouvelles preuves clés. “Ce nouveau témoignage est tout à fait décisif, explique-t-il. Il fait partie des exilés qui étaient présents lors des événements. Cette personne confirme que les gendarmes ont vu Matthew Blessing et qu’il y a eu des persécutions qui ont conduit à sa mort.”
“C’est une nouvelle preuve que la justice devra prendre en compte pour rouvrir le dossier.”
Vincent Brengart
à franceinfo
Ce témoin n’a jamais parlé de peur d’être arrêté. Selon Sarah Bacelier, chercheuse à la Border Forensics Association, qui enquête sur les décès d’exilés, son témoignage est crucial car il contredit la version des gendarmes. Elle analyse toutes les minutes. “Il y a onze gendarmes qui ont été interrogés. “Ces onze gendarmes délivrent des versions des faits qui sont non seulement contradictoires, mais aussi incompatibles dans le temps et dans l’espace”, a-t-elle déclaré. Le chercheur pointe par exemple les écarts des gendarmes interrogés sur l’heure des faits, l’exactitude du récit, certains ne citant pas le migrant, d’autres le faisant.
“Au lieu de constater ces contradictions dans une enquête de police judiciaire, les conclusions de l’enquête disent que les témoignages des gendarmes convergent, qu’ils sont exacts et concordants, qu’il n’y a pas d’ambiguïtés”, a-t-elle dénoncé.
“Il y a une sélection de certaines parties de certaines histoires afin de reconstituer une version homogène des faits dans laquelle ces contradictions ont été gommées.”
Sarah Bachelier, chercheuse à Border Forensics
à franceinfo
Selon Sarah Bacelier, qui a constitué diverses bases de données, 87 migrants sont morts depuis 2015, traversant les Alpes, 46 décès sont survenus à la frontière franco-italienne.
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