Après la présidentielle, la hache de guerre est loin d’être enterrée entre Marine Le Pen et Eric Zemmour. Le rassemblement national a doublé la porte à laquelle les dirigeants de la Reconquête frappent pour une union lors des élections législatives des 12 et 19 juin prochains. L’ancien candidat identitaire s’est révélé plus isolé que jamais à sept semaines du premier tour. Mais une nouvelle déception électorale signalerait l’échec de sa stratégie radicale et menacerait son avenir politique.
“La politique n’est pas le thé chez la comtesse”
En décembre dernier, à son QG parisien, Eric Zemmour s’était vanté auprès des journalistes de son entrée fracassante dans le monde politique, balayant les critiques sur la “brutalité” de sa campagne. “La politique, ce n’est pas le thé à cinq heures avec la comtesse. La politique est difficile. Je défends mes convictions, je les exprime clairement. C’est de la politique, un choc des idées. Mais les débordements médiatiques du début de campagne ont vite fait place aux oublis et aux polémiques, notamment sur l’accueil des réfugiés ukrainiens, qui ont confirmé son recul dans les sondages.
Malgré l’échec de cette stratégie (7% au premier tour), le candidat est resté sur la même ligne, battant dans un premier temps Marin Le Pen. “C’est la huitième fois que la défaite frappe Le Pen”, a déclaré l’ancien chroniqueur de Cnews, appelant paradoxalement à “oublier les querelles” et à “faire front commun” du Camp national. Mais cette sortie, qui s’ajoute à une longue série d’attentats contre un député du Pas-de-Calas, a étranglé les dirigeants du Rassemblement national. “Quand on veut entrer dans une maison de discussion, on n’urine pas à la porte tant qu’on n’a pas sonné…”, explique Gilles Penelle, responsable du RN en Bretagne. “Il faut qu’il se fasse sauter la tête, ce qui est énorme, et qu’il arrête d’insulter les gens”, a déclaré lundi à France Inter Luis Aliot, vice-président du RN.
« Le passé est passé. Zemor a également été attaqué. »
Face à la dureté du RN, les proches d’Eric Zemor tentent désormais d’appeler au calme. “Les peines courtes, c’est le jeu présidentiel. La phrase [sur la défaite des Le Pen] c’était rude, mais c’est une réalité factuelle. Ce fut le point final de cette campagne. Maintenant, il faut passer à autre chose », a déclaré Benjamin Cauchy. L’ancienne figure des gilets jaunes, devenue membre du comité politique du parti, rappelle que l’ancien chroniqueur de Cnews a clairement appelé à voter pour Marin Le Pen au soir du premier tour. « Le passé est passé. Zemmour a également été attaqué, mais qu’est-ce qui est le plus important, nos vieilles querelles ou le nombre maximum de députés ? », s’interroge Samuel Lafon, directeur de la stratégie numérique de Reconquête, qui appelle à une union des patriotes contre le bloc macroniste et le bloc mélenchoniste.
Moins téméraire que ces dernières semaines, Eric Zemmour a affirmé mercredi sur Twitter que son mouvement ne présenterait pas “de candidat face à Marine Le Pen, Eric Siotti et Nicolas Dupont-Ainyan”. Car si ses proches louent les 122 000 adhérents et la bonne situation financière du parti, l’ancien journaliste politique sait que l’avenir de son mouvement dépend de l’élection des députés en juin prochain. Marine Le Pen semble avoir trouvé l’occasion de se débarrasser de cet inquiétant rival. Car le RN a balayé toute idée d’union, ce qui montre qu’il présentera de nombreux candidats dans les 577 circonscriptions, notamment face à Eric Zemor.
“Aux niveaux de leadership ordinaires et locaux, beaucoup voudront cette alliance avec nous. Mais les dirigeants de l’Assemblée nationale peuvent se dire que c’est l’occasion de faire disparaître la Reconquête, dans un esprit de revanche et de passions aiguisées contre les anciens RN qui nous ont rejoints », a déclaré Benjamin Cauchy. En privé en février dernier, Marine Le Pen avait promis à Eric Zemour un sort similaire à celui de Bruno Megre, ironisant sur la “malédiction” de ceux qui “ont trahi le camp national”. L’ancien bras droit de Jean-Marie Le Pen a disparu de la vie politique après avoir voulu se débarrasser du patron du FN.
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