France

Scandale des respirateurs Philips : risques de cancers, enquête ouverte… 6 questions pour comprendre l’affaire

L’enquête préliminaire principale a été ouverte à la suite d’une plainte de plusieurs utilisateurs de respirateurs Philips. “La Dépêche du Midi” vous résume l’affaire.

Les respirateurs Philips reconnus défectueux, qui ont fait l’objet d’une vaste campagne de rappel l’hiver dernier, sont dans le viseur de la justice française. Avant l’été, des procédures préliminaires ont été ouvertes spécifiquement pour mise en danger de la vie d’autrui.

Lire aussi : Respirateurs Philips défectueux : enquête préliminaire lancée en France plusieurs mois après la campagne de rappel des produits

Quel est le problème avec ces respirateurs?

L’affaire concerne des respirateurs artificiels fabriqués par Philips utilisés pour lutter contre l’apnée du sommeil. Ce dernier, utilisé par environ 350 000 patients en France et 1,5 million de personnes en Europe, envoie de l’air motorisé dans les poumons à travers un masque. Ces appareils créent du bruit, et le fabricant néerlandais, qui est d’ailleurs un leader du secteur, a mis de la mousse insonorisante – du polyuréthane – dans ses appareils. Mais en se dégradant, cette mousse se décompose en poussière de plastique microscopique. Ces oligo-éléments, particulièrement nocifs pour la santé, sont décomposés par la machine et peuvent atteindre les poumons des utilisateurs. Ces résidus peuvent provoquer des irritations, comme des maux de tête. Pire encore, il existe un risque “potentiel” de cancers à long terme.

“En six mois, l’Agence nationale du médicament (ANSM) a reçu près de 3 000 déclarations d’effets indésirables”, a déclaré Me Christophe Lèguevaques, l’avocat des victimes de Toulouse, interrogé par La Dépêche du Midi.

Comment Philips a-t-il réagi ?

“Ce ne sont pas les patients qui ont dévoilé ce problème technique, mais Philips lui-même, qui en juin 2021 a fait une annonce globale”, explique l’avocat des victimes. Le 14 juin 2021, le constructeur a annoncé un rappel de 5 millions de respirateurs dans le monde, dont 370 000 en France. “C’est juste que le constructeur néerlandais a fait cette annonce et puis plus rien”, dénonce l’avocat. “L’information est mal diffusée et la majorité des utilisateurs de ces respirateurs potentiellement dangereux ne sont pas informés de la situation. Il faudra attendre février 2022. »

Comment les autorités ont-elles réagi ?

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) constatait le 7 février que 93% des dispositifs potentiellement dangereux sont toujours en circulation. L’établissement public impose alors à Philips de remplacer au moins 75 % des respirateurs avant le 30 juin 2022. “Le premier problème, c’est qu’il y a eu un manque d’information, qui a provoqué de l’anxiété chez les patients”, explique Me Leguevaque. Ces derniers ont l’impression que les appareils censés les soigner les rendent malades.”

Philips était-il déjà au courant du problème ?

Selon une enquête de la FDA (Food and Drug Administration, l’équivalent de l’ANSM aux États-Unis) révélée en février 2022, Philips était au courant depuis 2015 des risques sanitaires liés à ces respirateurs. “Pourquoi n’ont-ils rien fait depuis 2015 ?”, demande l’avocat des victimes. “En permettant à la situation de perdurer, ils ont en quelque sorte mis en danger la vie des autres.

Comment les patients sont-ils organisés ?

À la suite de l’annonce de la campagne de rappel en février dernier, un recours collectif contre Philips Electronics appelé “Respiratorgate” a été initié par M. Christophe Legevakes. D’abord du côté pénal – dans la durée – et en même temps, au civil, pour des “dommages moraux préoccupants”. Une approche qui pourrait permettre aux victimes d’être indemnisées plus rapidement, comme dans le cas du Levothyrox.

“Nous représentons 1 411 personnes et la Fédération française des associations et amis des insuffisants respiratoires (FFAAIR)”, explique-t-il.

A quoi servira l’ouverture d’une enquête ?

Une enquête préliminaire a été ouverte en juin dernier par le parquet du Centre de santé de Paris. “Cette enquête a pu commencer car nous avons recommandé à toutes les victimes qui nous faisaient confiance d’aller porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Ces plaintes ont été déposées pour escroquerie aggravée, lésions corporelles involontaires, mise en danger de la vie d’autrui et usage de substances nocives.

La justice “a compris qu’il s’agit d’un problème de série national, l’affaire devient un problème de santé publique”, s’est félicité l’avocat. “De cette façon, le procureur peut perquisitionner le siège de Philips pour tenter de récupérer des documents. A terme, généralement entre 4 et 6 mois, il devrait y avoir un juge d’instruction qui sera nommé pour mener une enquête approfondie.”