Pour admirer les ruines, il faut traverser une friche à Villeneuve-d’Ornon (Gironde), près de Bordeaux. Puis nous arrivons à la base installée par les archéologues. Plusieurs bâtiments préfabriqués et une grande tente protègent la coque en bois enfouie sous terre au bord de la Garonne, vestige d’un navire du VIIIe siècle. Laurent Grimber, responsable des fouilles, a révélé l’avancée du chantier à l’occasion des Journées européennes de l’archéologie (17-19 juin) : « Les premières forêts apparaissent à 1,40 m de profondeur. Les morceaux que nous avons enlevés jusqu’ici sont venus à portée de main. Certains seront peut-être beaucoup plus difficiles à extraire, et nous verrons s’il faut utiliser une lame de scie pour couper les chevilles. »
C’est une véritable course contre la montre. Les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont jusqu’à la mi-septembre pour récupérer tous les éléments de cet ancien voilier, qu’il faut arroser en permanence, explique Laurent Grimber, archéologue : “On arrose même régulièrement pour ne pas se détériorer, chaque demi heure. Et la nuit on ferme, on couvre. Pourtant, quand on y est toute la semaine, il y a une partie de la forêt qui n’est pas sous l’eau, donc il faut aller vite. “Allez vite pour déblayer la coque des débris”, précise l’officier des fouilles. Des objets du quotidien. Il y a très peu. Nous avons surtout des pièces en céramique, nous avons quelques ossements d’animaux.
“Il est probable que lorsque le bateau a coulé, ils sont venus récupérer leurs affaires. Et nous n’avons vraiment laissé que ce qui aurait pu être pétrifié sous le sol, qui n’a pas été emporté par la marée.
Laurent Grimber, responsable des fouilles
à franceinfo
Il existe très peu d’indices permettant de retracer l’histoire du navire. Une fois extraits, les morceaux de la coquille passent directement sous les microscopes de Didier Puse : “C’est un élément de plancher en pin blanc. Et je mesure chaque anneau de croissance au centième de millimètre près pour refléter le profil de croissance de l’arbre. Il donne des informations sur l’histoire, il donne des informations sur la technique d’exécution… Il donne en fait des informations sur beaucoup, beaucoup de choses.”
[✨ #Actu] Une équipe de l’Inrap fouille actuellement des vestiges du haut Moyen Âge à Villeneuve-d’Ornon, en bord de Garonne, témoignage remarquable d’une période méconnue de l’histoire de la navigation et de la construction navale. pic.twitter.com/ZctGQCRzwA
— Inrap (@Inrap) 15 juin 2022
A ce jour, un seul autre bateau datant de cette période a été capturé en France. “Le site de Villenav d’Ornon est une découverte remarquable”, a déclaré Dominique Garcia, directeur de l’Institut de recherches archéologiques préventives. Au-delà du bateau en tant que tel, ce que nous cherchons à comprendre, ce sont les modalités des activités marchandes pour cette période, ainsi que l’exploitation économique du secteur. L’avenir de cette épave n’est pas décidé. Les archéologues espèrent qu’il pourra être reconstruit en musée.
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