Quelques jours avant la grève des traversiers, un groupe de citoyens et d’entrepreneurs de L’Isle-aux-Coudres a envoyé une mise en demeure à la Société des Traversiers du Québec (STQ) d’améliorer le service et s’est dit prêt à aller aussi loin comme demandant la supervision de la société d’État.
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Cet avis officiel intervient alors que les responsables du traversier entre L’Isle-aux-Coudres et Saint-Joseph-de-la-Rive veulent provoquer un arrêt indéfini à partir de samedi 6h. Des services de base seront offerts.
Le communiqué demande “la mise à disposition dans les meilleurs délais d’une offre de traversées selon des horaires en vigueur depuis plusieurs années” et “la mise à disposition d’un navire fiable tout au long de l’année”.
Elle est adressée au directeur général de la STQ, Stéphane Lafaut, au président du conseil d’administration, Pascal Tessier-Fleury, et au ministre responsable de la STQ, François Bonnardel, également ministre des Transports.
ennuyé
« Il y a des infractions à la STQ depuis plusieurs années. On ne sort pas d’une boîte surprise. Ce ne sont pas les deux ou trois choses qui se passent en ce moment qui nous font intervenir”, explique Simon Vadnais, porte-parole du groupe, qui compte une vingtaine de membres.
“Il n’y a pas que des problèmes pendant la saison touristique. En plus c’est l’hiver. Le bateau coincé dans la glace, pas de canot de sauvetage. Il y a un manque de vision et de prévision dans la direction de la STQ et personne ne semble jamais responsable”, ajoute le représentant de la “cellule de crise”.
approche sérieuse
L’avocat du groupe jure que l’avis officiel n’est pas un écran de fumée.
« Lorsque les gens ne tiennent pas leurs promesses, nous recourons à une action en justice pour faire bouger les choses. La STQ a des devoirs et des responsabilités. Mais elle échoue toujours à fournir des services. C’est un fiasco”, me plaide Frédéric Saint-Jean.
L’avocat explique que la mise en demeure est un ultimatum.
« Il doit se passer quelque chose. Il doit y avoir transparence et participation des habitants de l’île. Sinon, je ferai en sorte que la Cour suprême en détermine les modalités, car il y aura une demande d’injonction et peut-être même une tutelle », prévient Me Saint-Jean.
Implications financières
Il a affirmé que le chiffre d’affaires des entreprises avait chuté de 20 à 25 % à cause des problèmes au carrefour.
L’avis officiel évalue les dommages à 1 million de dollars pour les entreprises, 1 million de dollars pour la mauvaise presse et 1 000 dollars par habitant pour les désagréments.
“J’ai quantifié les dommages très théoriquement, mais je pense que c’est bien plus que cela”, détaille l’avocat.
Déjà vu
Des insulaires en colère rappellent que ce n’est pas le premier média à parler des problèmes de cette transition.
En mars, le maire de la petite municipalité d’environ 1 100 habitants, Christian Dufour, ancien employé de la STQ, a même offert ses services pour pallier la pénurie de main-d’œuvre.
“Chaque fois qu’ils nous disent que ce sera réparé. Ils sont même allés jusqu’à nous promettre trois ferries cet été. C’est toujours de la poudre aux yeux et éteindre les incendies à la dernière minute. On n’arrive jamais à trouver le bon timing », déplore Simon Vadnais.
Un coup
Et même le conflit de travail qui s’annonce lui colle à la peau de la STQ aux yeux du groupe.
“Les accords datent de deux ans et ils ne peuvent pas être conclus avec les employés, pas seulement ici. On se dit qu’il y a un échec de la gestion. Ce sont des amis, des collègues, des membres de la famille qui travaillent pour la traversée. Oui, la grève est terrible, mais personne ne leur en veut. Félix-Antoine-Savard n’est plus maintenu depuis un an et demi. Il a passé l’hiver à se reposer. Les employés ne sont pas le problème », dit Simon Vadnais.
L’avenir
Les problèmes de service ont différentes ramifications, selon M. Vadnais. Outre les considérations en cas d’urgence médicale, il pointe l’attente qui agace les insulaires comme les touristes, l’incertitude quant à savoir si la traversée aura bien lieu, les prestataires imposant des surcoûts ou refusant de se rendre sur l’île.
L’hiver dernier, l’école a fermé parce que certains enseignants ne pouvaient pas venir à l’école. Les gens ont également dû prendre des congés forcés, incapables d’aller travailler.
“Comment les gens vont-ils vouloir déménager ici s’ils ne sont pas sûrs de pouvoir se rendre au travail?” Les entrepreneurs ici disent qu’ils n’investiront pas dans les 5 à 10 prochaines années parce que le facteur de risque est trop élevé. Personne ne veut continuer à développer l’Isle-Aux-Coudres. Et pourtant on a une belle dynamique avec le kitesurf, la musique, les spectacles, les restos”, a déploré M. Vadnais.
L’île dispose d’une piste, mais aucune compagnie n’y propose des services.
réaction
La STQ a répondu mercredi par un communiqué à l’avis officiel, précisant qu’elle n’accorderait pas d’entrevue supplémentaire.
« Nous comprenons les inquiétudes des commerçants et des résidents de L’Isle-aux-Coudres. C’est pourquoi nous avons déployé un deuxième navire à L’Isle-aux-Coudres à l’été 2021 et 2022 malgré les retards dans la modernisation du MV Joseph-Savard et la pénurie générale de main-d’œuvre au Québec. En plus de déplacer un navire de Québec-Lévis, nous avons continué à louer un navire européen, investissant plusieurs millions de dollars. Notre priorité est d’offrir un service adéquat aux résidents et aux commerçants de l’Île, même lorsque nous devons composer avec des journées de grève et certains retards de nos fournisseurs, comme nous en avons eu l’année dernière », a écrit la STQ.
La valse des navires à la croisée des chemins
Nom / Statut / Rôle
- MV Félix-Antoine-Savard / En service / Navire de soutien STQ. Remplace Joseph-Savard à partir de mars 2021.
- NM Svanoy / En opération / Navire norvégien affrété. Ça a commencé lundi.
- NM Joseph-Savard / En réparation / Navire principal. Construit en 1985. Les rénovations de milieu de gamme qui ont commencé en mars 2021 ont été reportées. La remise en service est actuellement prévue pour l’automne.
- NM Radisson / En réparation / Navire auxiliaire de renfort d’été. Construit en 1954. Panne de moteur inattendue en avril 2021. Remise en service indéfinie. Il devrait être remplacé en 2031.
- NM Alphonse-Desjardins / retraité / affecté au Traversier Québec-Lévis. Remplace NM Radisson à l’été 2021
- NM Lomer-Gouin / retraité / affecté au passage Québec-Lévis. Il a occupé le poste du 23 juin au 4 juillet 2022
Insulaires à bout de nerfs
- “On est obligé de faire donner son nom par le maire pour aller le remplacer comme marin, lieutenant ou capitaine. Est-ce que ça devrait être assez mauvais? » – Le maire Christian Dufour en mars 2022
- « Les graves lacunes de gestion et de prévisibilité accumulées par les dirigeants de la STQ ont depuis longtemps directement impacté la résilience de la population insulaire et sa sécurité en toutes saisons. » – Communiqué du Groupe
- “Lorsque nous sommes sortis l’été dernier, il était trop tard pour sauver la saison. Mais nous voulions leur dire de nous donner une saison (touristique) en 2022. Le fait est qu’ils n’ont rien préparé. Que se passe-t-il à la STQ ? – Simon Vadnais, porte-parole du groupe
- “Nous avons parlé à la municipalité dans le passé. Nous avons entendu Tourisme Isle-aux-Coudres. Il y a des résidents et des gens d’affaires qui disent que ça suffit. L’écoeurantite est là. – Simon Vadnais, porte-parole du groupe
- « C’est un dialogue de sourds avec la STQ. Les bottes ne suivent pas les côtelettes » – Moi, Frédéric Saint-Jean, avocat du groupe.
- « Nous avons deux connexions au Québec et nous en voulons une troisième. À l’Isle-aux-Coudres, on en veut un seul, mais fonctionnel. » – Moi, Frédéric Saint-Jean, avocat groupe
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