Contrainte de tondre sa pelouse jugée trop longue, une résidente de Sainte-Julie, en Montérégie, a dénoncé le règlement municipal à cet effet, qu’elle qualifie de désuet, ainsi que nuisible à l’environnement et à la biodiversité.
Pascal Brassard entretient sa terre à sa manière, par exemple en enlevant régulièrement l’herbe à poux. Elle trouve la variété d’herbes devant sa maison belle et vivante et aime voir des petits lapins, des tamias, des oiseaux et d’autres espèces animales qui s’y promènent. Cependant, elle a récemment reçu un avis de la ville indiquant que sa pelouse ne peut pas dépasser 6 pouces. La résidente du domaine des Hauts-Bois a répondu en adressant une lettre à sa municipalité condamnant la tonte intensive du gazon et l’utilisation de pesticides pour avoir une pelouse verte.
“Je ne comprends pas pourquoi la ville réglemente la hauteur de la pelouse, qui n’a d’effet nocif sur personne et est même bénéfique pour les abeilles et les insectes, alors qu’on tolère l’utilisation de pesticides qui peuvent causer le cancer et tuer les pissenlits”, déclare Pascal Brassard, en entrevue avec une agence QMI.
Elle a accepté de nous parler mais ne voulait pas que nous prenions des photos de sa pelouse pour des raisons de confidentialité.
Selon elle, la norme de beauté d’une pelouse très verte et sans mauvaises herbes avec une sensation de “vert de golf” est dépassée et non respectueuse de l’environnement.
« Je suis scandalisé que des citoyens puissent tondre leur pelouse tous les 2 millimètres de repousse. L’utilisation d’une tondeuse à gazon, surtout une tondeuse à gazon, pollue l’air de façon inhabituelle », écrit la citoyenne dans sa lettre. Elle, malgré sa position, s’est résignée à tondre sa pelouse pour éviter une amende.
Sans commenter spécifiquement ce dossier, la ville de Sainte-Julie dit n’intervenir que si le terrain est désordonné. “Si nous voyons que le citoyen est prêt à laisser pousser l’herbe naturellement et de manière organisée pour ne pas heurter le voisinage, nous le tolérerons.” Par contre, s’il semble abandonné, nous interviendrons », explique la porte-parole Julie Martin.
PHOTO AVEC LA COURTOISIE / Ville de Sainte-Julie
De son côté, le directeur de l’urbanisme, Pierre-Luc Blanchard, est d’avis qu’il faut ouvrir une discussion sur la longueur normative de l’herbe. “Pour changer une philosophie ou une réglementation, il faut la volonté de la population. Nous devons les inclure dans un mouvement plus vert. Mais changer les mentalités prend du temps.
Il reconnaît qu’une terre qui a toutes sortes de fleurs ou de plantes qui poussent naturellement peut être très belle. A condition que le terrain soit “organisé”, ajoute-t-il.
PHOTO AVEC LA COURTOISIE / Ville de Sainte-Julie
Tondre la pelouse moins souvent aurait un effet bénéfique à plusieurs niveaux, selon une récente étude menée par des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières.
Par exemple, selon cette étude publiée en 2020 dans le Journal of Applied Ecology, tondre deux fois par an au lieu de six réduirait le nombre de larves, augmenterait le nombre de pollinisateurs et réduirait la chaleur du sol.
« Nous n’y avons vu que des avantages », a déclaré l’un des auteurs de l’étude, Raphaël Proulx, professeur au département des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois-Rivières. D’un autre côté, note-t-il, une herbe plus longue attirerait plus de souris et de petits rongeurs.
Selon lui, la réglementation sur la longueur des pelouses est d’une autre époque. “En Europe, les parcs sont gérés presque comme des champs de fauche. Au Québec, on est vraiment en retard en matière d’espaces verts », dit-il, ajoutant que les Québécois doivent changer leurs habitudes.
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