France

Une étude révèle comment la pollution de l’air peut causer le cancer du poumon

(Paris) Tel un “tueur caché”, les polluants de l’air peuvent provoquer des cancers du poumon chez les non-fumeurs grâce à un mécanisme révélé samedi dans une étude qui marque une “étape importante pour la science et la société” selon des experts.

Posté à 10h40

Isabelle CORTES Agence France Presse

Déjà impliquées dans le changement climatique, les particules fines – moins de 2,5 microns, soit environ le diamètre d’un cheveu humain – sont responsables d’altérations cancéreuses des cellules des voies respiratoires, selon des scientifiques du Francis-Crick Institute et de l’University College London.

Présentes dans les gaz d’échappement, les poussières de freins de véhicules ou les émanations d’énergies fossiles, les particules fines sont un “tueur caché”, a expliqué à l’AFP Charles Swanton de l’Institut Francis-Crick, qui est en charge de la recherche. Présentez cette recherche, qui n’est pas encore évaluée par des pairs, au congrès annuel de la Société européenne d’oncologie médicale, qui se déroule jusqu’au 13 septembre à Paris.

Bien que la pollution de l’air soit suspectée depuis longtemps, “nous ne savions pas si cette pollution causait directement le cancer du poumon ni comment”, a expliqué le professeur Swanton.

Les chercheurs ont d’abord examiné les données de plus de 460 000 résidents d’Angleterre, de Corée du Sud et de Taïwan et ont montré que l’exposition à des concentrations croissantes de particules fines était associée à un risque accru de cancer du poumon.

La principale découverte est celle du mécanisme par lequel ces polluants peuvent provoquer le cancer du poumon chez les non-fumeurs.

Grâce à des études en laboratoire sur des souris, les chercheurs ont montré que les particules provoquaient des changements dans deux gènes (EGFR et KRAS) déjà associés au cancer du poumon.

Ils ont ensuite analysé près de 250 échantillons de tissus pulmonaires humains sains qui n’avaient jamais été exposés à des agents cancérigènes du tabac ou à une forte pollution. Des mutations du gène EGFR sont survenues dans 18 % des échantillons, des modifications de KRAS dans 33 %.

“cribler”

“En elles-mêmes, ces mutations ne suffisent probablement pas à provoquer un cancer. Mais lorsque vous exposez une cellule à la pollution, cela stimule probablement une sorte de réponse “inflammatoire”, et si “la cellule contient une mutation, elle formera un cancer”, résume le professeur Swanton.

C’est “déchiffrer le mécanisme biologique de ce qui était une énigme” mais “assez déroutant”, admet ce directeur médical de Cancer Research UK, principal bailleur de fonds de l’étude.

Traditionnellement, on pensait que l’exposition à des agents cancérigènes, tels que ceux de la fumée de cigarette ou de la pollution, provoquait des mutations génétiques dans les cellules, les rendant cancéreuses et provoquant leur prolifération.

Pour Suzette Delaloge, directrice du programme de prévention des cancers à l’Institut Gustave-Roussy, “c’est assez révolutionnaire car nous n’avions pratiquement aucune démonstration auparavant de cette cancérogenèse alternative”.

“Cette étude est une étape assez importante pour la science – et pour la société, j’espère”, a déclaré à l’AFP l’oncologue, qui était chargé de discuter de l’étude lors du congrès. “Cela ouvre une grande porte pour la connaissance, mais aussi pour la prévention.”

La prochaine étape sera de “comprendre pourquoi certaines cellules pulmonaires altérées deviennent cancéreuses après exposition à des polluants”, selon le professeur Swanton.

Cette étude confirme que la réduction de la pollution de l’air est également essentielle à la santé, insistent plusieurs chercheurs.

“Nous avons le choix de fumer ou non, mais pas l’air que nous respirons.” “Avec probablement cinq fois plus de personnes exposées à des niveaux malsains de pollution par le tabac, il s’agit d’un problème mondial majeur”, a déclaré le professeur Swanton.

Plus de 90 % de la population mondiale est exposée à ce que l’OMS considère comme des niveaux excessifs de poussières fines.

Cette recherche offre également de l’espoir pour de nouvelles approches de prévention et de traitement.

Pour la détection et la prévention, Suzette Delaloge envisage plusieurs voies, mais « pas pour demain » : « évaluation personnelle de notre exposition aux polluants », détection – qui n’est pas encore possible – de la mutation génétique EGFR, etc.

Pour Tony Mok de l’université de Hong Kong, cité dans un communiqué de l’ESMO, cette recherche, “aussi intrigante que prometteuse”, “permet d’envisager un jour de rechercher des lésions précancéreuses au niveau des poumons par imagerie, puis d’essayer de traiter avec des médicaments tels que les inhibiteurs de l’interleukine-1β.

Le professeur Swanton imagine “ce que pourrait être la prévention moléculaire du cancer dans le futur, avec une pilule, peut-être tous les jours, pour réduire le risque de cancer dans les zones à haut risque”.