Du jamais vu ou presque. L’été 2022, le deuxième plus chaud jamais enregistré en France après 2003, a vu les températures augmenter de 2,3 degrés au-dessus de la moyenne estivale de 1990 à 2021. Mais cette période estivale (qui s’étend sur les mois de juin, juillet et août au sens météorologique) montre clairement des différences selon les régions de France.
Pour entrer dans les détails au niveau local, franceinfo s’est penché sur les données de Météo France enregistrées dans une quarantaine de stations dites « centrales » et réparties sur l’ensemble de la France. Nombre de jours au-dessus de 30°C, températures minimales moyennes et jours de pluie… Découvrez en trois cartes le bilan de l’été dans la station la plus proche de chez vous.
La bande des 30°C est de plus en plus franchie, un peu partout en France
Durant les mois de juin, juillet et août 2022, 30 degrés ont été franchis régulièrement à travers la France. Un phénomène qui n’est pas exclusif au sud, mais dont la fréquence cette année est particulièrement élevée. A Marignan, près de Marseille, les 30°C ont été atteints sur 81 jours (sur 92 pour la période), soit 34 jours de plus que la normale. En Corse et à Perpignan, ce seuil symbolique a été franchi au moins deux jours sur trois, soit plus de deux fois plus souvent que la moyenne 1990-2020.
A l’exception de la façade nord-ouest, les 30°C ont été dépassés au moins 20 fois dans toutes les stations Météo France analysées par franceinfo. A Bordeaux, Lyon ou Strasbourg, cette température a même été atteinte plus de 40 fois cet été, alors que cela ne s’est produit en moyenne que 21 fois, 24 fois et 17 fois sur la période 1990-2020 pour ces trois grandes villes. La France a également battu le record du nombre de jours de canicule cette année, atteignant ce niveau d’alerte 33 fois.
Enfin, si la Bretagne, les Hauts-de-France et la Normandie passent moins souvent les 30°C que le reste de la France, ces régions font exploser les compteurs en termes de rareté du phénomène habituellement. A Brest, par exemple, ces 30°C ont été atteints sept fois cet été, alors que cela arrive en moyenne moins d’une fois par an. A Cannes, cette température a été dépassée 14 fois (contre trois ou quatre fois par an en moyenne). Cet été, ces deux villes ont battu leurs records de chaleur (39,3°C à Brest et 40,1°C à Caen le 18 juillet), comme presque toutes les villes de la rive ouest.
Comme l’explique le climatologue et directeur de recherche au CNRS Robert Vautard, cela fait partie de la dynamique du changement climatique : « On sait que la France se réchauffe et que cette hausse des températures est plus importante en période estivale. Les étés en France sont désormais 2,5°C plus chauds en moyenne qu’à l’époque préindustrielle.”
Plus de 60 nuits tropicales à Nice
Si les températures maximales ont atteint des pics, les températures minimales enregistrées la nuit ont également été bien plus élevées que d’habitude dans toutes les stations de Météo France analysées, à l’exception de celle de Reims. “Le corps humain est capable de supporter des températures très élevées, mais il doit y avoir des périodes de récupération”, explique Robert Vottar. Ainsi, lorsque la chaleur reste la nuit, c’est à ce moment-là qu’elle a le plus de conséquences sur la santé, en particulier pour les personnes âgées.
Cet été, la moitié sud est majoritairement touchée par ce phénomène. De Perpignan à Nice, en passant par Montpellier et Marseille, tout le pourtour méditerranéen a enregistré des températures minimales supérieures à 20°C en moyenne. C’est plus de deux degrés supplémentaires par rapport aux normes saisonnières. A Nice, la température minimale moyenne en été dépasse même les 23°C. Durant les mois de juillet et août, le thermomètre ne descend jamais en dessous de 20°C dans la ville, enchaînant ainsi 62 nuits dites “tropicales”.
« Le cas de Nice est emblématique de la relation entre climat et température de la mer, explique Christophe Cassou, climatologue et principal auteur du dernier rapport du GIEC. L’océan joue un rôle régulateur en absorbant la chaleur le jour et en réchauffant l’air marin la nuit. Et depuis la Méditerranée, la mer a été particulièrement chaude cette année, empêchant les températures de descendre en dessous de 20°C la nuit.”
Le sud-ouest de la France a également connu des températures minimales supérieures à la normale. A Toulouse, la température minimale journalière a été en moyenne de 18,5°C durant les mois de juin, juillet et août, alors qu’elle a été en moyenne de 16,4°C sur les trente dernières périodes estivales. Plus près de la côte, Bordeaux est à près de deux degrés, avec des températures minimales moyennes de 17,5°C, contre 15,7°C habituels. La moitié nord de la France est plus douce, mais les températures minimales quotidiennes sont toujours en moyenne supérieures d’un degré à celles des dernières années.
Important déficit de précipitations dans la moitié nord
Non seulement cet été a été extrêmement chaud, mais il a aussi été particulièrement sec. Selon Météo France, les précipitations ont été inférieures de 25 % à la moyenne de la saison. Ce constat se retrouve sur la carte ci-dessous, aucune station n’ayant enregistré un nombre de jours de pluie supérieur à la moyenne. Le seuil requis pour qu’un jour soit considéré (et compté) comme pluvieux est de 1 millimètre de précipitations. Et contrairement aux températures, le nord de la France est le plus touché par le manque de pluie estivale.
Lille a généralement un jour de pluie sur trois en été. Cette année en trois mois il n’y en a eu que douze, à peine plus d’un jour sur huit. Cela représente un déficit pluviométrique de plus de 80 millimètres dans la préfecture du Nord. Le constat est similaire à Abbeville (Somme) ou Rouen (Seine-Maritime), où le nombre de jours de pluie est la moitié de la moyenne estivale et où le déficit pluviométrique sur trois mois dépasse 100 mm.
Et c’est la végétation qui souffre le plus du manque de pluie, comme le souligne le climatologue Robert Vottar : « Les pluies d’été sont trop faibles pour remplir les nappes phréatiques, elles sont généralement absorbées par la végétation en surface. Ce sont donc les plantes qui souffrent du manque de pluie.” “Pour les écosystèmes, les risques se multiplient plus qu’ils ne s’additionnent”, ajoute Christophe Cassou. C’est-à-dire que ce qui est vraiment dangereux pour l’environnement, c’est quand le manque de pluie est combiné à une température très élevée, par exemple.”
Dans l’ensemble, c’est une petite moitié nord de la France qui a connu au moins six jours de pluie en deçà de la normale entre début juin et fin août. Le déficit pluviométrique est moins important dans le sud. La plupart des stations enregistrent entre zéro et cinq jours de pluie en moins que la moyenne 1990-2020, à quelques exceptions près comme Montélimar (Drôme) qui enregistre deux fois moins de jours de pluie que la normale, pour un déficit pluviométrique de 72 mm.
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