Pour la cour de Gironde, Claude Alonso, qui se fait appeler Zeus dans sa communauté de Guyane-Mestra (Gironde), est un gourou, pas un dieu. Vendredi 23 septembre, l’octogénaire, qui était jugé depuis le début de la semaine, a été condamné à dix-huit ans de prison, dont la moitié de peine de sûreté pour viol, viol par levage et abus de la faiblesse d’une personne en un état de soumission psychologique.
Après que son procès ait été reporté à décembre 2021 au profit d’une opération du genou, l’accusé est là. Maigre, vieux, essoufflé, en fauteuil roulant. Un regard vif qu’il cache le lendemain sous des lunettes de soleil, Claude Alonso monologue et nie tout. Égocentrique, il se met en colère quand on ne l’écoute plus, se cogne la tête contre le micro, demande une pause, puis une autre avant de se replier sur sa chaise. Il accuse la mère de sa fille d’être la cause de sa chute.
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Dans une interprétation très personnelle de la mythologie grecque, Claude Alonso, selon l’expert psychiatre Daniel Zagouri, « a construit un univers au service de ses aspirations narcissiques et mégalomanes ». Décorum pour sa gloire avec trône, cape rouge, sceptre, jarres et tables de lois, Olympe restauré en mezzanine, empruntant les noms des divinités grecques, endoctrinement, occupations inutiles, comptant au profit de la communauté, sauvant le sexe, y compris avec son adulte fille, vanessa, consommation d’alcool et d’anxiolytiques pendant les fêtes, rites d’initiation, extorsion : l’audition montre que ces faits rapportés ne sont pas le fruit de l’imagination de la police.
Il a “toujours bien fait”
Appelé à la barre, le fils cadet de Claude Alonso avoue avoir vu les objets de culte, la “grande chaise” et entendu “les petits noms de dieux qu’ils se donnaient”. “Mais tout cela m’a fait sourire”, dit-il.
Deux femmes se sont constituées parties civiles, dont la fille de l’accusé. L’enquête a identifié cinq victimes potentielles, mais elles ne semblent pas avoir été manipulées. Parmi eux, Danielle est la compagne de Claude Alonso depuis trente ans et encore à ce jour. En violation du contrôle judiciaire de l’accusé, à qui il est interdit de la contacter. “Mais c’est mon seul amour”, dit-elle à voix basse.
“Je n’ai jamais été forcée ou manipulée”, a-t-elle protesté. Coquettement, Daniel babille, glousse, s’excuse, se tortille et récite comme un enfant dont il possède la franchise. « Avez-vous modifié votre témoignage parce que vous ne vouliez pas lui faire de mal ? “, tente le président Stéphane Rémy. “C’est un homme qui a toujours fait le bien”, répond-elle. Devant la police, le septuagénaire a tout de même admis que “certaines choses étaient vraies, mais consensuelles”. Pendant la pause, elle se précipite vers Claude Alonso et lui baise les mains.
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