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Accidents du travail au Québec Le nombre d’enfants participants saute

Les accidents du travail ont bondi de 36 % chez les enfants de moins de 16 ans en 2021, selon la Commission des normes, de la justice, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), chargée de faire appliquer la loi. La CNNEST rapporte que 203 enfants ont été victimes d’accidents du travail l’an dernier, contre 149 l’année précédente. Le plus jeune avait 12 ans.

Posté à 19h15

Michel Arseneault Coopération spéciale

« Compte tenu de l’entrée massive de jeunes sur le marché du travail, cela ne m’étonne pas du tout », a déclaré Marie Laberge, professeure agrégée à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal. “Vous avez dû remarquer, comme moi, beaucoup de jeunes commerçants. La pandémie a créé une pénurie de main-d’œuvre. »

Depuis l’avènement de la COVID-19, les entreprises embauchent des travailleurs, en particulier dans la restauration rapide. Le propriétaire de Tim Hortons, qui préfère taire son nom car il n’est pas autorisé à s’exprimer dans les médias de la marque, résume la situation : « Avant, on prenait des dames. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix. Dans sa franchise nous louons à partir de 13 ans.

Il n’y a pas d’âge minimum au Québec

Contrairement à la croyance populaire, il n’y a pas d’âge minimum au Québec pour travailler après l’école ou la fin de semaine. Cependant, les enfants de moins de 14 ans doivent obtenir une autorisation écrite d’un parent. La Loi sur les normes du travail stipule également qu’un employeur ne peut exiger des enfants qu’ils effectuent des travaux qui pourraient nuire à leur santé.

Cela, bien sûr, ne les empêche pas… de se blesser. D’autant plus qu’on leur demande souvent de faire des choses plus risquées, notamment la manipulation de charges lourdes.

Nous leur faisons faire [aux enfants] tâches que personne ne veut accomplir.

Marie Laberge, professeure agrégée à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal

Pas étonnant que la première cause de blessures chez les moins de 16 ans soit la chute d’équipement, d’outils ou de machines. Parmi les “types d’accidents”, les brûlures et les “surtensions” occupent respectivement les deuxième et troisième rangs.

Travailler à un très jeune âge peut avoir de lourdes conséquences, notamment pour ceux qui exercent des métiers étranges et sont donc constamment en situation d’apprentissage. Comme le rappelle la CNESST, « les semaines qui suivent l’embauche sont celles où les travailleurs de tous âges sont les plus à risque de se blesser ».

Ces accidents du travail, indemnisés en bonne et due forme par la CNNEST en 2021, ne seraient que la pointe de l’iceberg. Des chercheurs et des avocats croient que de nombreux jeunes hésitent à porter plainte à la CNESST, ce dont ils ne sont pas toujours conscients.

Il est difficile de savoir combien d’enfants de moins de 16 ans travaillent pendant l’année scolaire ou pendant l’été. En 2016-2017, avant même la pandémie et les pénuries de main-d’œuvre, une étude sur la santé des jeunes au secondaire montrait que plus de la moitié étaient en emploi.

Les dernières statistiques du CNNEST montrent que le travail des enfants est répandu au Québec, tant en milieu urbain qu’en milieu rural. Apparemment, trois régions font figure de mauvais élèves : la Mauricie et le Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches et la Capitale-Nationale avec respectivement 27, 25 et 21 enfants blessés. Montréal et sa petite couronne (Laval et Longoy) font un peu mieux avec 23.

Restrictions ailleurs au Canada

Le Québec est la seule province canadienne qui n’a pas d’âge minimum pour le travail des enfants. Plusieurs provinces limitent également le nombre d’heures qu’un enfant peut travailler chaque semaine. Au Manitoba, où l’âge minimum est de 13 ans, il est limité à 20 ans. En Alberta, où l’âge minimum est également de 13 ans, le plafond est de 31 ans.

La CNNEST a rendu publiques ses conclusions le 28 avril, lorsque le Sénat a adopté un projet de loi pour lutter contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement. Pour la sénatrice qui l’a présenté, Julie Mivil-Dechen, la situation est “paradoxale”. En 2016, le Parlement fédéral a ratifié la Convention 138 de l’Organisation internationale du travail, spécifiant que l’âge minimum pour travailler sera de 16 ans. Mais le Québec n’a pas fixé d’âge minimum depuis que le premier gouvernement de René Lévesque l’a aboli.

“Nous sommes loin d’être exemplaires”, a déclaré le sénateur. Et le Québec doit revoir ses normes du travail. Tout le travail des enfants n’est pas inacceptable, mais il doit être mieux réglementé. Lorsque des jeunes de 12 ans se blessent au travail, c’est alarmant et troublant. »