France

Au large de la Loire-Atlantique, les premières éoliennes offshore vues “beaucoup plus que prévu”

C’est le premier parc éolien offshore en France. Prévu pour être officiellement mis en service en décembre prochain, avec plusieurs années de retard, le parc éolien en mer baptisé Saint-Nazaire est désormais une réalité au large de la Loire-Atlantique. Depuis le début des opérations d’installation au printemps, 55 éoliennes ont été installées, sur les 80 prévues à terme. Et ils ne passent pas inaperçus. Cette nouvelle ligne horizontale, visible par beau temps de Noirmoutier (Vendée) à Belle-Ile-en-mer (Morbihan), est même devenue durant l’été l’un des principaux sujets de discussion des riverains et des estivants.

“C’est étrange ! J’étais prévenue avant de venir, mais je ne pensais pas qu’on en verrait autant”, raconte Lucille, qui vient chaque année en vacances dans l’appartement familial de Puliguen. “C’est vrai que c’est encore assez D’autant plus qu’ils ne sont pas encore tous”, commente Nicolas, un autre vacancier, qui se dit toujours “favorable au projet, qui est essentiel pour la planète”.

“J’imagine qu’on va s’y habituer”

La surprise visuelle est largement partagée, notamment à Batz-sur-mer et au Croisic, les deux communes les plus proches des éoliennes, mais situées à 12 km. “Nous étions convaincus que cela ne changerait pas beaucoup le paysage.” Il y avait pas mal d’images synthétiques apaisantes. Et voici le résultat! C’est l’horreur, il n’y a pas d’autres mots”, s’est exclamé Philip, retraité et propriétaire d’une résidence vue mer à Bats, non loin des marais salants. “Parfois, quand il y a du brouillard, on ne les voit pas du tout !” Mais quand il fait beau, c’est autre chose… », soupire Jean-Marie, également habitant du quartier. “Il y a beaucoup plus d’avis négatifs que positifs de la part de mes clients”, raconte un restaurateur de la plage du Valentin, dont la terrasse surplombe les éoliennes. C’est vrai que ça gâche un peu la vue. Je suppose qu’on va s’y habituer. »

Éoliennes en mer au large du Croisic (Loire-Atlantique). – F.Brennon/20 minutes

Il faut dire que ces machines convertissant l’énergie éolienne en électricité sont bien plus élevées que sur terre. En comptant la base, le mât et les pales, ils culminent à 180 m. Le maire de Batz-sur-mer connaissait les cotes par cœur, mais il ne s’attendait pas à un tel coup. “Il est clair que ceux qui nous étaient présentés il y a quelques années comme de petites têtes d’épingles, quasi invisibles très loin du rivage, sont en fait très, très visibles du rivage”, a réagi Marie-Catherine Lehuede (SE). En tant qu’élus municipaux de 2020, nous sommes confrontés à un vieux choix politique qui n’offre aucun retour en arrière. En tant que citoyens de Batz, nous sommes tristes de voir la ligne d’horizon déformée. »

Désaccord concernant la compensation financière

A la mairie du Croisic, le même désordre règne. « L’impact visuel est toujours très fort. Bien plus que prévu. Y compris la nuit avec un éclairage constant. Notre côte sauvage n’est plus sauvage”, déplore Michel Kellard (DvD), maire du Croisic. Cependant, l’élu du peuple invite la population à prendre sa mesure des problèmes. « Face au changement climatique, à la crise énergétique, nous n’avons d’autre choix que de protéger les énergies renouvelables. Les 80 éoliennes représenteront à elles seules 20 % de la consommation électrique de la Loire-Atlantique, ce qui n’est pas encore négligeable. »

Comme sa collègue Marie-Catherine Lehuede, elle milite désormais pour que la compensation financière promise par l’Etat aux communes concernées, sur une durée de 25 ans, soit recalculée, en prenant en compte l’ensemble de la population saisonnière, et pas seulement les habitations principales. “Notre population double presque quand on compte les résidences secondaires”, insiste Michelle Kellard.

Géré par EDF, le parc éolien en mer de Saint-Nazaire produira une capacité totale de 480 MW. Il ne restera pas longtemps seul car d’autres parcs éoliens offshore sont en construction en France. Celui de Fécamp (Seine-Maritime) devrait être mis en service fin 2023, devant ceux de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) et de Courseulles-sur-Mer (Calvados).