Elle a repris le flambeau d’Olivier Véran et fait lundi son premier conseil des ministres en tant que nouvelle locataire de l’avenue de Ségur. Ancienne assistante sociale et élue locale socialiste, Brigitte Bourguignon, 63 ans, est depuis vendredi ministre de la Santé et de la Prévention du nouveau gouvernement Born. Une promotion pour cette femme discrète qui a fait ses armes il y a deux ans comme ministre déléguée à l’autonomie des personnes âgées.
Longtemps partisan du “pied gauche” de la majorité lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, cet humble élu a dû gérer les séquelles de la crise du Covid-19 dans les EHPAD puis le séisme de janvier provoqué par les révélations du livre Les Fossoyeurs sur les dérives du géant du secteur : Orpea.
Alors comment les soignants accueillent-ils la nomination de Brigitte Bourguignon aux soins de santé ? Si presque tous les syndicats du secteur de la santé adressent leurs félicitations au nouveau ministre, tous ne montrent pas le même enthousiasme.
« Un ministre sérieux pour relever les défis de l’accès aux soins et de la dépendance »
Forte de son expérience de déléguée au ministère de l’Autonomie, « Brigitte Bourguignon connaît parfaitement les questions de santé. Son expérience sur les questions liées à la vieillesse fait aussi d’elle une ministre sérieuse en réponse aux enjeux d’accès aux soins et de dépendance », a déclaré Les Libéraux de santé, intersyndicale de onze organisations représentatives des professionnels libéraux de santé qui ont salué sa nomination.
L’enthousiasme partagé par la Confédération nationale URPS Lédecins Libéraux, pour qui “le passé de Mme Bourguignon comme secrétaire médicale puis fonctionnaire territoriale chargée de l’aide alimentaire, sera certainement un atout pour une connaissance concrète des problèmes de santé des professionnels”. De son côté, le Syndicat des médecins libéraux (SML) “se félicite de voir la prévention devenir une responsabilité ministérielle au même titre que la santé”.
“Après le scandale Orpea, cela n’inspire ni enthousiasme ni confiance”
Un enthousiasme cependant qui n’est pas partagé par tous. “La crise historique et sans précédent que nous vivons dans le domaine de la santé est l’aboutissement de toutes les réformes précédentes. Le signal envoyé par la nomination d’un responsable politique par rapport à eux n’est pas forcément le meilleur”, regrette l’Union française de médecine libre (UFML-S), assurant qu'”elle ne fera pas fausse route”. Mais “nous évaluerons l’action et appellerons à une conférence nationale permanente et mondiale dans les prochains jours pour réunir tous les professionnels de santé pour travailler ensemble pour trouver des solutions à la crise et des moyens de reconstruire notre système de santé”.
“La nomination du ministre chargé de la santé de l’Ehpad au lendemain du scandale Orpea n’inspire ni enthousiasme ni confiance”, a déclaré à 20 Minutes Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association française des médecins ambulanciers (AMUF).
Le secteur hospitalier dans la réserve
Du côté du secteur hospitalier, cette nomination laisse encore plus en réserve. “On ne voit personne pour changer les choses”, Brigitte Bourguignon était l’adjointe de Hollande, qui a voté toutes les lois qui ont fait beaucoup de dégâts à l’hôpital public”, a déclaré à franceinfo Olivier Milleron, membre de l’équipe Inter-Hôpitaux. . Cette nomination, “c’est une succession car Brigitte Bourguignon était déjà ministre déléguée chargée de l’autonomie”, a-t-il ajouté au Daily Doctor, n’a envoyé “aucun signe fort d’une volonté de changement”. Il y a surtout urgence d’action pour le cardiologue hospitalier. “Aujourd’hui, il y a 120 services d’urgence en difficulté, en plus des blocs qui sont fermés”, a-t-il insisté, appelant à une “augmentation très rapide des salaires, notamment du travail de nuit, pour qu’on puisse continuer à assurer la continuité des soins”.
Si la Confédération des médecins hospitaliers (CPH) adresse ses félicitations à la nouvelle ministre, elle l’appelle aujourd’hui à « éteindre l’incendie de l’hôpital. Cette nomination intervient dans un contexte de crise jamais vu dans un hôpital public. Cette crise fait suite au manque criant de soignants médicaux et non médicaux dû au manque d’attractivité auquel nous assistons à l’hôpital. Si l’actualité de la crise se concentre principalement sur les services d’urgence et leur fermeture successive, mettant en danger la santé des patients, toutes nos spécialités médicales sont concernées. On assiste à l’exode massif des praticiens, fatigués et surtout déçus par le Ségur de la Santé », regrette CPH.
De grandes attentes et de nombreux dossiers
Elle vient à peine de faire son premier Conseil des ministres que la ministre de la Santé est déjà au cœur de fortes attentes. “Face à la crise que traverse notre système de santé, aux difficultés d’accès aux soins des patients, à la fermeture des services hospitaliers et à l’épuisement des médecins et de l’ensemble des professionnels de santé, l’Ordre des Médecins espère que cette nomination permettra de concrétiser la transformation nécessaire de notre système de santé, seul moyen de sauver ce pilier de notre république », répond l’instance, qui encourage le ministre « à être celui qui mènera les réformes attendues par les médecins et les Français pour mettre en place un système de santé transformé système au service de tous ».
Un message visiblement entendu de la personne concernée, qui veut faire de “l’accès aux soins pour tous” une priorité de son mandat, notamment en luttant contre les déserts médicaux, a-t-elle déclaré samedi lors de la passation de pouvoir avec Olivier Veran avant de se rendre en EHPAD à une zone rurale. “Ma feuille de route est claire, celle du président Emmanuel Macron doit permettre l’accès aux soins pour tous”, a-t-elle ajouté. Nous devrons poursuivre nos efforts de prévention, de consolidation, d’adaptation du système de soins en ville, à l’hôpital, avec l’enjeu particulier de cette lutte contre les déserts médicaux.
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