Le CF Montréal Soccer Club réduira de moitié la diffusion locale de ses matchs l’an prochain à la suite de l’entente entre la MLS et Apple sur les droits de diffusion.
Posté à 5h00
Le onze montréalais a été contraint de changer son plan de match
André Dubuque La Presse
CF Montréal, affaibli après deux saisons d’exil aux États-Unis, a reçu une bosse de Jarnac dans une ligue à part avec le nouveau contrat de droits de diffusion réduisant sa visibilité sur le marché québécois.
Selon les experts consultés, le club n’aura d’autre choix que de redoubler d’efforts en marketing pour gagner des supporters à l’avenir.
Pour la somme de 250 millions de dollars par an pendant 10 ans, la Major League Soccer (MLS) a cédé en juin l’exclusivité de ses droits de diffusion à la plateforme numérique payante Apple TV+. De nombreux détails de l’accord restent inconnus.
On sait cependant que la production des matchs sera prise en charge par la Ligue, qui centralisera les équipes de commentateurs aux USA. À partir de l’année prochaine, les fans qui préfèrent une couverture plus biaisée des matchs de leur équipe sont encouragés à écouter la radio. De quoi nous rappeler l’époque nostalgique des expositions avec le tandem Jacques Doucet et Claude Raymond.
PHOTO PAR MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESS ARCHIVES
Gabriel Gervais, président et chef de la direction de CF Montréal
Le président et chef de la direction de CF Montréal, Gabriel Gervais, a déclaré qu’il espère que les matchs seront toujours diffusés localement par RDS ou TVA Sports l’année prochaine. “Nous aurons encore une masse critique de matchs qui seront encore diffusés à la télévision”, a-t-il déclaré à notre confrère sportif Jean-François Teotonio. Souhaite au moins la moitié des matchs. »
En d’autres termes, le fan moyen qui a accès à tous les matchs de son club sur TVA Sports cette saison n’en verra que la moitié l’an prochain dans le meilleur des cas.
“Il y a un risque important qui vient avec cet arrangement”, a déclaré Philippe Merrigan, professeur d’économie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui s’intéresse à l’économie du sport professionnel. “Il est certain que la franchise recevra une certaine somme d’argent chaque année grâce à l’entente, mais cela aidera-t-il au développement du sport à Montréal et à Québec?” Gros point d’interrogation. »
En vertu de la nouvelle entente, tous les matchs du CF Montréal, ainsi que tous les matchs de la MLS, seront offerts dans le monde entier sur Apple TV+, une plateforme que les auditoires francophones d’ici n’utilisent pas vraiment pour le moment.
De plus, l’amateur motivé devra s’abonner à Apple TV+ puis débourser un montant supplémentaire pour être éligible au forfait MLS.
“Chaque fois que vous devez payer, cela arrête le comportement des consommateurs”, déclare Merrigan.
Cela n’augure rien de bon pour le CF Montréal, qui a du mal à gagner des partisans.
Eric Brunel, professeur à HEC Montréal et directeur du département des sports
Un vrai souci pour un club qui peine à remplir le Stade Saputo. En 2018, l’équipe de Montréal a indiqué qu’elle perdait entre 11 et 12 millions de dollars par saison depuis son entrée en MLS en 2012.
Le club est contraint de repenser son marketing, suggère le spécialiste.
Les amateurs de sport adorent recevoir un traitement personnalisé qui inclut des joueurs de leur équipe locale, dit Brunel. À cet égard, le club montréalais a été bien servi par TVA Sports, a-t-il dit. « En clair, avec la centralisation des équipes de production, il n’y aura pas de personnalisation. La personnalisation devra venir du club à travers ses propres outils numériques. »
Le président de Montréal, Gabriel Gervais, semble pleinement conscient du problème. Devant le micro de Mario Langlois au 98,5 FM fin juin, il confiait qu’il préférerait une transition plus douce vers le numérique.
« Nous devrons construire beaucoup plus de contenu et mettre nos supporters de notre côté », a-t-il déclaré récemment à La Presse. Nous devrons constituer une équipe de contenu. Une plus grande équipe. Nous avons une équipe, mais nous aurons besoin de plus de muscles. »
PHOTO PAR ERIC BOLT, USA TODAY SPORTS ARCHIVE
Selon des experts consultés par La Presse, le CF Montréal devra redoubler d’efforts pour attirer de nouveaux supporters.
Le club vient d’embaucher Samia Chebeir en tant que vice-présidente et directrice du marketing et des communications. Elle a travaillé plusieurs années dans des agences de publicité telles que lg2.
Le verre est à moitié plein
Dans la ligue, la réaction à l’accord Apple TV + a généré une vague de commentaires positifs. Les gens y voient un pari gagnant sur l’avenir avec un partenaire de classe mondiale aux moyens « GAFAesque ». Le football attire une clientèle plus jeune et plus cosmopolite que les autres sports professionnels. Celui-ci ne regarde pas la télévision et a massivement adopté le streaming sur Internet. Une des raisons des notes modestes du câble (environ 200 000 personnes par match MLS par chaîne, selon le Sport Business Journal).
Selon Philip Merrigan, la ligue, certains clubs fonctionnant à perte, gagne du temps avec l’accord de 2,5 milliards de dollars sur 10 ans. “Cela permettra à la Ligue de rester à flot pendant plusieurs années”, estime-t-il. Avoir la Coupe du Monde de la FIFA en Amérique du Nord en 2026 aidera également.
Formé en 1996 avec 10 clubs, MLS célébrera bientôt son 30e anniversaire, un exploit pour un circuit de soccer professionnel en Amérique du Nord. Toujours à la traîne des quatre grands sports professionnels, la ligue, qui comptera bientôt 29 franchises avec l’arrivée de Saint-Louis, peut être considérée comme un succès, selon M. Merrigan, ne serait-ce qu’en raison de l’augmentation spectaculaire de la valeur de l’équipe. Selon Forbes, un club valait en moyenne 30 millions de dollars américains en 2008. Dix ans plus tard, la moyenne a décuplé pour atteindre 313 millions de dollars américains.
210 millions : Valeur du CF Montréal, avant-dernier de la ligue, en 2018
Source : Forbes
Avec Jean-François Teotonio, La Presse
PHOTOMONTAGE LA PRESSE
Quand Apple fait son cinéma
Presse Karim Benesai
Lancée en même temps que Disney+, qui compte déjà six fois plus d’abonnés, proposant une partie des contenus de son rival Netflix, Apple TV+ a néanmoins réussi à surpasser les deux géants, devenant la première plateforme de diffusion vidéo à remporter le prestigieux Oscar du la plupart des bons films et des trophées de collection. Un portrait de l’incroyable incursion d’Apple dans l’industrie du streaming.
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Depuis novembre 2019, date du lancement officiel d’Apple TV+, Apple n’a jamais publié de statistiques sur les revenus ou le nombre d’abonnés de sa plateforme. Dans les rapports annuels, il fait partie de la catégorie “Services”, où l’on retrouve également la publicité, le cloud computing et Apple Pay. En 2021, cette catégorie a enregistré des revenus de 68,4 milliards de dollars américains, en hausse de 33 % par rapport à l’année précédente.
25 millions
Fin juin, Tony Sacconaghi de Bernstein estimait le nombre d’abonnés payants entre 20 et 40 millions. Ainsi, il estime les revenus « entre 1 et 2 milliards », pour des coûts avoisinant les 3 milliards de dollars américains. D’autres sources médiatiques évoquent plutôt des coûts d’environ 6 milliards de dollars. Une compilation du site Statista chiffre le nombre d’abonnés à 25 millions, une estimation plus consensuelle et à laquelle…
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