Depuis plusieurs années, il souhaite être transféré dans un service de psychiatrie générale plus souple. Le 9 juin, le juge des libertés et de la détention (JLD) s’est prononcé pour la première fois à cet égard, estimant que son placement à l’UMD était devenu “irrégulier” et “violait les droits du patient”. Le parquet et la préfecture de Gironde ont fait appel.
La préfecture bloque
L’audience publique est maintenue dans un bureau où il fait une chaleur torride. Les débats, tant juridiques que philosophiques, révèlent la complexité de la situation de Romain Dupuis. Depuis 2018, les médecins qui le suivent estiment qu’il s’est stabilisé et n’est plus dans le service des patients difficiles.
A cinq reprises, la commission de suivi médical a soutenu son départ de l’UMD et son hospitalisation complète en secteur de psychiatrie générale. A l’exception d’un seul, les examinateurs psychiatriques mandatés par le tribunal ne s’y sont pas opposés. Mais la préfecture n’a jamais signé d’arrêté de transfert.
En 2019, une occasion était étudiée pour que Romain Dupuis soit soigné à l’hôpital Charles-Perrens de Bordeaux. Piste finalement abandonnée après le refus du restaurant.
“Je suis stigmatisé”
Devant le président Alain Deslabre, Romain Dupuis s’est exprimé calmement et clairement. “Depuis 2015, je suivais tous mes soucis, en prenant la même molécule. Les quelques libertés qui m’ont été accordées se sont très bien passées. Je n’ai eu aucun problème avec personne. »
“Mais comprenez-vous les craintes que vous pourriez avoir à l’idée de changer d’unité ?” demande le magistrat. “Non. Je suis stigmatisé à un degré qui viole les droits de l’homme. C’est de l’abus, de l’abus de pouvoir. Les actions que j’ai entreprises sont sérieuses, je ne le conteste pas. Mais j’en connais d’autres qui ont quitté l’UMD. Pourquoi pas moi? Je suis quelqu’un qui s’est repenti, qui a été refait. »
“Une trentaine de patients sont sortis de l’UMD l’an dernier”, a précisé Marie-Claire Dupuis, sa mère, qui était présente avec son père et son oncle et invitée à prendre la parole. “On ne veut pas une issue sèche, ce qui serait inapproprié, mais exactement ce à quoi Romain a droit depuis plus de quatre ans. Le nier, c’est nier les droits les plus élémentaires. Bien que déclaré irresponsable, doit-il rester ad vitam aeternam dans une cellule à double verrouillage ? Ce diktat politique empêche toute projection. Il y a des limites à ce qu’un individu peut tolérer. »
“Le risque de récidive existe”
Des réflexions auxquelles l’avocat général Xavier Chavine et un représentant de l’agence régionale de santé ne répondent pas, se limitant uniquement au domaine du droit. Pour eux, le juge des libertés et de la détention n’est pas compétent pour statuer sur un tel transfert, qui dépend de l’instance administrative. Sans surprise, ils veulent que la décision du 9 juin soit renversée.
Alors pourquoi la préfecture n’a-t-elle pas pris d’arrêté 2018 ? “Parce que l’UMD est la structure la plus efficace et la plus adaptée pour soigner et stabiliser M. Dupuy. Son éloignement présenterait un risque sérieux d’atteinte à l’ordre public et à la sécurité humaine », a déclaré son porte-parole.
Selon lui, “il convient d’être prudent avec l’apparente absence d’agressivité et de violence” du trentenaire. S’appuyant sur les conclusions d’experts et rappelant l’ancienne addiction de Romain Dupuis au cannabis, la préfecture estime que “le risque de récidive existe en cas de changement et de consommation de substances toxiques”. “Cependant, il est possible d’obtenir des médicaments dans un hôpital psychiatrique traditionnel, où le risque d’évasion est également élevé. »
Romain Dupuis n’a plus touché au cannabis depuis 2013. “Comme tout le monde, il a évolué. Merci de respecter cela. Nous vous demandons d’avoir le courage de confirmer l’ordonnance du 9 juin”, plaident ses avocats Mes Hélène Lecat et Serge Portelli.
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