France

La menace Covid éclipse la victoire de Wout van Aert à Lausanne

Le Belge Woot van Aert (au centre) lors de sa victoire dans la 8e étape du Tour de France entre Dole et Lausanne, le 9 juillet 2022. THOMAS SAMSON / AFP

A 30 ans, Geoffrey Bouchard espérait un épilogue un peu différent à son premier Tour de France. Mais le destin en a décidé autrement. Et il a dit que le destin n’était pas allé trop loin, en ressortant une recette bien usée des deux dernières années : Covid-19. Le grimpeur AG2R-Citroën a dû jeter l’éponge samedi matin 9 juillet après avoir été testé positif au SARS-CoV-2. La veille, il avait ressenti les premiers symptômes lors de l’étape du plateau de Belles-Filles (Haute-Saône).

Un peu plus tard, un autre peloton a mis les équipes et les coureurs à cran, celui du Norvégien Vegard Stake Laengen, coéquipier du maillot jaune Tadej Pogakar. Pas de quoi faire perdre au Slovène son éternel sourire, mais il réalise néanmoins qu’il perd un coureur de valeur, toujours présent pour le ramener dans le peloton. “Il était très fort, en bon état, prêt à rouler sur le plat, dans les montées, partout… Ça va être difficile sans lui, mais je pense qu’on peut le faire avec sept coureurs à Paris”, a assuré le Slovène, 3e de la 8e étape, remportée par l’autre glouton de ce tour, le Belge Wout van Aert, dans les hauteurs de Lausanne (Suisse).

Ce n’est un secret pour personne autour de lui que le double tenant du titre craint une éventuelle contagion (et un retour forcé aux Monégasques) bien plus qu’une perte de temps face à l’un de ses rivaux, toujours réversible.

“Quand ce n’est pas Thaddeus, c’est Wut”

La situation sanitaire – et ses conséquences potentielles – a égayé un samedi très maussade entre Dole (Jura) et Lausanne, malgré un parcours favorable sur le papier pour les grévistes. Wout van Aert (Jumbo-Visma) a doublé la mise au sprint de vingt-six coureurs après son succès à Calais mardi.

Le maillot vert a devancé l’Australien Michael Matthews (BikeExchange) et Thaddeus Pogacar, heureux de prendre quatre secondes de bonification en déplacement. Comme le résume Benjamin Thomas (Kofidis) : « Quand ce n’est pas Thaddeus, c’est Waute. Mais à deux semaines de la fin, nous espérons qu’ils se fatigueront sur les grandes étapes de montagne et nous donneront des opportunités sur les plus faciles. »

Revivez l’étape 8 du Tour de France 2022 : Van Aert décroche sa deuxième victoire à Lausanne sur ce Tour

Samedi, l’Italien Mattia Cattaneo (Quick-Step Alpha Vinyl) et le Britannique Fred Wright (Bahrain Victorious), épaulés un temps par le Belge Frederik Frison (Lotto-Soudal), ont également présenté un bon numéro avec une échappée lancée du début de l’étape. Wright a même augmenté un peu plus la résistance, pour être rattrapé dans les premiers mètres de la colline du stade olympique, à 3,5 kilomètres de l’arrivée.

Pourtant, le peloton était toujours sous contrôle, ne leur laissant que peu d’espoir. Les téléspectateurs non plus. Bref, les deux seuls moments où un semblant de frisson a traversé cette chaude journée suisse ont été la chute collective survenue au kilomètre 9, qui a ralenti bon nombre des leaders du classement général – dont Thaddeus Pogacar – et qui a coûté à l’Américain Kevin Vermeerke (DSM) le Visite .

Et puis il y a eu ce moment insolite, à 47 kilomètres de l’arrivée, dont Thibaut Pinault se moquera un jour, mais pas tout de suite. En essayant d’attraper son sac, le Français a été bousculé par inadvertance par l’adjoint de Trek-Segafredo. Abasourdi, il s’est retrouvé dans les bras d’un spectateur, un peu surpris, mais masqué.

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Retour de la “bulle” ?

Des spectateurs à la fenêtre de leur maison, lors de la 8ᵉ étape du Tour de France, entre Dole et Lausanne, le 9 juillet 2022. DANIEL COLE/AP

Ne nous mentons pas, à quarante-huit heures du jour de repos et donc des tests de dépistage obligatoires du Covid-19, la tête était un peu ailleurs. Le protocole de l’Union cycliste internationale (UCI) a beau avoir été assoupli et un résultat positif n’est plus – en théorie – synonyme d’exclusion automatique de l’épreuve, l’angoisse reste palpable.

Le directeur général de Groupama-FDJ, Marc Madiot, avoue qu’il n’est “pas médecin”. Mais il sait observer : « J’ai vu ce qui s’est passé au Tour de Suisse. Lorsque le virus arrive dans le peloton, il se propage rapidement. » Bref, poursuit Mayenne : « Nous vivons avec une tempête au-dessus de nos têtes qui peut exploser sur nous à tout moment. “La situation génère un certain stress supplémentaire, avoue Guillaume Martin (Kofidis), même si “en tournée, en général, les maladies font partie du jeu”.

Après deux années marquées par la pandémie, le choix a été fait d’apprendre à vivre avec le virus. Et ici, vous pouvez sentir la différence avec le peloton. Et les avis divergent. Il est évidemment difficile d’éloigner le public du bord de la route, mais faut-il revenir à un système de “bulles” comme ce fut le cas lors des deux éditions précédentes ?

Pour le dirigeant de TotalEnergies, Jean-René Bernaudeau, la réponse est évidente. “On prend des précautions avec un test PCR tous les trois jours et un test antigénique tous les jours et ce matin j’ai été obligé au début du village de traverser la foule. Je ne comprends pas pourquoi nous ne protégeons pas davantage cette bulle de course, cette bulle est l’avenir de ce Tour”, dit-il.

Guillaume Martin, comme à son habitude, est plutôt philosophe. Pour la population générale, le Covid-19 est désormais moins grave qu’il ne l’était, a développé le coureur. Dans ces conditions, il est difficile de revenir en arrière. “Nous, le peloton, le Tour de France, nous ne sommes qu’un microcosme par rapport au macrocosme qu’est le public. Il y a deux points de vue qui sont logiques et non évidents. »

A Lausanne, dans le “sous-microcosme” des suiveurs, dont beaucoup ont vécu le Tour “sous le ballon” en 2020 et 2021, une certaine fatalité s’installe. En salle de presse, ce mardi, plus que la virilité de Vought et Thaddeus, le débat a porté sur l’éventuelle fermeture de l’accès à l’espace coaching de l’équipe, lieu d’échange avec les coureurs et leur encadrement après les étapes, où le port de le masque est désormais obligatoire.

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Alexandre Pedro (Lausanne, Suisse, envoyé spécial) et Aude Lasiaunias (Lausanne, Suisse, envoyé spécial)