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La Suède accélère le rythme de formation de ses réservistes Guerre en Ukraine

Mais la vendeuse de fromages et de jambons du supermarché se dit rassurée de pouvoir consacrer le mois prochain à améliorer son maniement des armes. C’est important parce que je veux faire quelque chose au lieu de rester assis à la maison et de m’inquiéter de ne pas savoir quoi faire ou ce qui va se passer.

Ce qui l’inquiète, c’est la Russie.

Camilla, Réserviste de la Défense Territoriale, en formation.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève ​​Bédard

Camilla est l’une des réservistes suédoises de la défense territoriale. Elle vit sur l’île de Gotland, masse de terre paisible, dont la vieille ville de Visby et ses fortifications commencent à voir les beaux jours qui attirent les touristes.

Camilla doit généralement consacrer quelques jours par an à l’entraînement militaire en raison de son engagement. Mais cela ne suffit plus, a décidé la Suède. Elle et ses collègues civils ont été appelés. Ils doivent devenir des soldats plus résistants et plus rapides.

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Fortifications de Gotland Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

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La guerre en Ukraine a perturbé Gotland, a déclaré Janet. C’est très proche de chez nous, donc c’est devenu une réalité. C’est dérangeant, mais je n’ai pas peur.

Janet ne vient pas seule au champ de tir. Entre les exercices et les examens, elle promène ses deux chiens. Tous deux sont formés pour détecter les drogues et les explosifs et pourraient venir à la défense de la Suède.

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Janet promène ses chiens, qui s’entraînent aussi, mais surtout pour détecter les explosifs Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

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    Janet promène ses chiens, qui s’entraînent aussi, mais surtout pour détecter les explosifs Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

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    Un soldat avec une arme à la main vise une cible Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

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    Les réservistes de la Défense territoriale de Gotland doivent suivre une formation exclusive de cinq semaines Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

Leur commandant, Magnus Friqual, a été envoyé il y a six mois sur l’île de Gotland, où se déroulent les exercices. Il est responsable du régiment de l’armée régulière et des volontaires civils. Poutine a clairement fait savoir au monde qu’il était prêt à utiliser la force militaire pour atteindre ses objectifs politiques. Puisque Gotland est d’une grande importance stratégique, bien sûr, vous devez être préparé.

Pendant la guerre froide, la Suède a déployé jusqu’à 25 000 soldats sur l’île. Quand ce fut fini, Gotland fut complètement démilitarisé. C’est une erreur de calcul, dit le commandant Friqual. La Suède n’est pas le seul pays d’Europe à changer d’approche en abandonnant la défense nationale pour participer à des opérations militaires internationales. Mais dans la situation dans laquelle nous vivons aujourd’hui, c’était une erreur.

Commandant Magnus Friqual

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève ​​Bédard

Ce que Magnus Friqual appelle une erreur a été corrigé en 2014 après l’annexion de la Crimée par la Russie. Aujourd’hui, 200 soldats de l’armée régulière sont stationnés sur l’île. Il y en aura bien d’autres bientôt.

Le gouvernement suédois vient d’annoncer qu’il a réservé 163 millions d’euros supplémentaires, soit plus de 220 millions de dollars canadiens, pour renforcer son infrastructure militaire à Gotland.

Gotland est la plus grande île de Suède.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève ​​Bédard

Au cœur de la mer Baltique, Gotland acquiert une fois de plus une grande importance stratégique. L’île n’est qu’à environ 300 kilomètres de l’enclave russe de Kaliningrad. C’est là que la Russie pourrait mettre à exécution ses menaces de revanche si la Suède décidait d’adhérer à l’OTAN.

Voici le débat en Suède aujourd’hui. Comme la Finlande voisine, le pays nordique a fait de l’adhésion non-OTAN une véritable doctrine depuis des décennies. Mais le gouvernement social-démocrate serait sur le point de rompre avec cette tradition de neutralité militaire.

Samedi 7 mai, plusieurs centaines de réfugiés suédois et ukrainiens se sont rassemblés sous la pluie pour exiger davantage de soutien de l’Ukraine.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève ​​Bédard

L’opinion publique suédoise a également beaucoup changé depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Un Suédois sur deux s’apprête désormais à vivre un mouvement sans précédent, selon le sociologue Thorbjorn Soström, qui s’intéresse à la question depuis le début de la guerre en Ukraine.

Premièrement, nous avons vu que l’Ukraine n’est pas protégée par l’OTAN. Nous avons réalisé que nous ne le ferons probablement pas non plus. Nous avons également vu que la menace était réelle, pas seulement des mots, a-t-il dit. Et puis on a vu les provocations et les menaces de la Russie pendant longtemps. Mais elle est allée trop loin. Donc nous n’avions pas peur, nous étions en colère.

Thorbjorn Soström, spécialiste de la recherche

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève ​​Bédard

Cette colère est partagée par l’eurodéputée suédoise Karin Carlsbro. Il y a un mois, elle se promenait sur les terres de Bucha dans la banlieue de Kiev. Elle en revient hantée par les crimes de guerre qui y sont commis.

“Ce que nous avons vu à Bucha, la même chose se produit ailleurs en Ukraine pendant que nous sommes ici. C’est très douloureux. »

– Citation de Karin Carlsbro

C’est ce qu’elle a dit à plusieurs centaines de citoyens suédois et de réfugiés ukrainiens rassemblés pour soutenir l’Ukraine dans le centre de Stockholm un samedi pluvieux.

Le reportage de Marie-Ev Bedar

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève ​​Bédard

Cependant, Karin Carlsbro n’a pas eu besoin de voir les horreurs de la guerre en Ukraine pour soutenir l’adhésion de son pays à l’OTAN. Le Parti libéral, dont elle est membre, milite depuis longtemps pour une alliance militaire. C’est urgent maintenant. Ce qui s’est passé en Ukraine a réveillé la société suédoise.

Pourtant, si tout le monde ici est visible, comme elle, bouleversé par le sort de l’Ukraine, il ne partage pas son enthousiasme pour l’Otan.

Samedi 7 mai, Stockholm. Manifestation de soutien à l’Ukraine. Chaque samedi, les gens se rassemblent dans le centre de Stockholm pour de telles manifestations.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève ​​Bédard

Teresa Benich est déchirée. Je ne suis pas sûr. Pas du tout. Je n’ai pas de réponse claire. Avant la guerre, j’aurais été contre. Je ne sais pas maintenant.

A l’image des propos des dirigeants suédois, Gillian Liliastrum semble plutôt résignée qu’excitée à l’idée d’abandonner la neutralité de la Suède. Cela devrait, dit-elle, mais c’est le sacrifice d’un idéal. L’idéal de la paix, ne pas faire partie d’une alliance militaire. Je suis également préoccupé par les armes nucléaires. Il y a tellement d’aspects que je n’aime pas. Mais j’ai aussi peur de la Finlande. Et je ne veux pas l’abandonner s’il rejoint l’OTAN.

Le choix est douloureux pour beaucoup, mais aujourd’hui, il ne semble pas être une surprise. La Suède doit annoncer sa décision dimanche prochain.