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Le Québec spécule avec… 132 milliards !

Saviez-vous que le gouvernement du Québec fait partie des grands spéculateurs financiers ?

Il joue la bourse sur marge… tandis que la montagne d’argent qu’il confie aux gestionnaires de portefeuille de la Caisse de dépôt et placement est financée par l’émission d’obligations gouvernementales.

Comme tout bon spéculateur d’expérience, son défi est d’obtenir avec la Caisse un rendement supérieur à ce qu’il lui en coûte pour emprunter cette montagne d’argent sur le marché obligataire.

Des 46 déposants qui confient leur argent à la Caisse de dépôt et placement du Québec, le ministère des Finances détient l’actif le plus important.

Au 31 décembre, on parle d’un total astronomique de 132 milliards de dollars répartis entre les cinq fonds publics suivants :

  • 113 milliards de dollars en RRRF (Retirement Sinking Fund)
  • 16,1 milliards de dollars au Fonds des générations
  • 1,37 milliard de dollars dans le fonds des congés de maladie accumulés
  • 455 millions de dollars dans le Earth Information Fund
  • 1,3 milliard de dollars dans la caisse patronale du régime de retraite de la SQ

LE FONDS DES GÉNÉRATIONS

Pourquoi le secrétaire au Trésor Éric Girard n’utilise-t-il pas la somme colossale accumulée dans le Fonds des générations pour rembourser la dette accumulée et ainsi économiser les frais d’intérêts en cette période de hausse des taux préférentiels? La Banque du Canada?

Martin W. fait partie des nombreux lecteurs qui se posent une question pertinente telle que : « C’est comme si j’avais un pécule dans mon compte courant qui, dit-il, me rapportait 0,25 % d’intérêt alors que mon hypothèque allait monter à 4% bientôt. »

En cette période où les taux d’intérêt ne cessent d’augmenter, nous serions d’accord pour dire que le moment semble plus opportun que jamais d’utiliser les 16 milliards de dollars du Fonds des générations aux fins pour lesquelles il a été créé, soit de rétablir une partie de notre gigantesque dette publique de 240 milliards de dollars.

À mon avis, le trésorier du gouvernement Lego ne choisira pas ce genre de stratégie pour rembourser la dette nationale. Comme ses prédécesseurs ministres des Finances, il laissera plutôt la grosse cagnotte du Fonds des générations entre les mains de la Caisse de dépôt et placement pour la faire fructifier.

Il faut dire que cette stratégie a porté ses fruits depuis la création du Fonds des générations.

Le rendement obtenu par la Caisse de dépôt dépasse largement les charges d’intérêts qu’elle coûte pour financer la dette correspondante sur le marché obligataire.

Pour preuve, du premier versement au Fonds des générations en 2007 jusqu’à la fin de 2021, le rendement moyen du Fonds avec la Caisse est de 6,3 %. C’est le double du coût moyen (3,1 %) des emprunts négociés par le gouvernement du Québec pour le compte du Fonds des générations.

Sur les 15 années en question – de 2007 à 2021 – seule 2008 s’est avérée être une année perdante.

Il en est de même pour les quatre autres fonds que le ministère des Finances confie aux gestionnaires de portefeuille de la Caisse.

LE PHARE

De tous les déposants de la Caisse de dépôt et placement du Québec, le numéro 1 est le FARR (Fonds d’amortissement du régime de retraite) avec une cagnotte de 113 milliards de dollars. Au 31 décembre, le FARR représentait à lui seul 26,9 % de l’actif net de la Caisse.

Au cours des quatre dernières années, le FARR a affiché un rendement annuel moyen de 8,9 %.

RRRF a connu sa pire année en 2008, affichant une lourde perte de 25,6 %. C’est l’année où la Caisse a été royalement plantée avec ses « actifs » en papier commercial.

À 113 milliards de dollars, l’actif du FARR n’est qu’à quelques milliards près de la valeur actuelle des prestations de retraite que le gouvernement du Québec versera à ses centaines de milliers d’employés gouvernementaux et parapublics.

Dans le budget qu’il a déposé en mars dernier, le ministre des Finances, Éric Girard, indiquait que les sommes accumulées dans le FARR doivent excéder le passif (la valeur actualisée des prestations à verser) des régimes de retraite à compter de l’exercice 2025-26.

Cela signifie qu’à partir de maintenant, le gouvernement du Québec pourra utiliser les actifs du FARR pour payer les prestations de retraite de ses employés. Cela réduira ses besoins d’emprunt.

Une telle cible laisse évidemment présager que la Caisse continuera d’afficher de solides rendements au cours des prochaines années.

C’est loin d’être évident en cette année 2022, qui a récemment été frappée par des baisses importantes des marchés boursiers et obligataires.