Simon Jourdain travaille dans l’industrie du déneigement au Québec depuis 32 ans. Au cours des dernières années, le copropriétaire du groupe ESSA, qui dessert 25 000 clients, a vu plusieurs petites entreprises de déneigement fermer au profit de plus grosses.
Copropriétaire du groupe ESSA, Simon Jourdain.
Photo : Radio Canada
Le marché mûrit, dit M. Jourdain. La pire année a été 2008. Dès lors, nous avons eu des baisses de prix. De petits acteurs qui sont entrés sur le marché avec des prix ridiculement bas. [Actuellement]le travail, l’inflation, ça met juste du sérieux sur le marché.
Des règles de financement plus strictes dans le secteur des tracteurs, des frais d’entreposage obligatoires et des primes d’assurance plus élevées pour les nouveaux conducteurs forcent certaines petites entreprises à quitter l’industrie, entre autres. Les gens suivent les règles, ils n’ont pas le choix.
À Charlesburg, les résidents ont déjà été avisés qu’ils devront trouver un autre chasse-neige.
Photo : Radio Canada
De bons managers avant tout
Ces bouleversements obligent les entreprises de déneigement à poursuivre leur travail. Ils n’ont d’autre choix que d’augmenter sensiblement les prix pour espérer survivre.
Une résidente de Lévis a vu sa facture bondir de 300 $ à 564 $ entre les hivers 2021-2022 et 2022-2023.
Photo : Radio Canada
Vous savez, dans l’industrie du déneigement résidentiel, les gars s’asseyaient et disaient : “Je vais le faire pour vous pour 250 $ la porte” », explique Annie Roy, directrice générale de l’Association des propriétaires de machinerie lourde du Québec. Quand on fait le calcul, au bout du compte, de tout ce que ça vaut, on se rend compte que ce n’est pas assez. Il y a une prise de conscience. Il y a des gens qui abandonnent parce qu’ils n’ont pas calculé.
Un sondage auprès des membres de l’Association montre que les coûts liés au service offert sont en constante augmentation. Les pièces et équipements neufs font l’objet d’augmentations de 30 %, tandis que la difficulté d’embauche fait grimper les coûts, selon l’APMLQ.
La pénurie de mécaniciens et l’augmentation de leurs salaires (causée par l’augmentation des salaires des chauffeurs) prolongent les réparations et augmentent leurs coûts. Les pneus sont également soumis à des augmentations pouvant aller jusqu’à 41 %. Les huiles et lubrifiants suivent également les prix du pétrole.
En comparant tous les chiffres ci-dessus, on peut dire que l’équipement a connu des augmentations d’au moins 25 % et ce, même si cela reste assez conservateur, estime l’APMLQ.
Les primes d’assurance ont également augmenté d’environ 35 % au cours des trois dernières années.
Manque
Résultat : les petits acteurs doivent quitter l’environnement et abandonner les clients malgré eux. D’autres parviennent à fidéliser leurs clients mais sont incapables d’en embaucher d’autres par manque de main-d’œuvre.
Afin de pouvoir offrir le même service à nos clients, nous avons décidé de ne pas prendre de nouveaux contrats cette année. C’est sûr de miser sur la croissance de l’entreprise, prévient André-Qué Côté, directeur adjoint au groupe GCH. L’entreprise offre des services de déneigement dans le Haut-Québec.
GCH parvient à conserver la plupart de ses employés, mais doit offrir des salaires plus élevés. La main-d’œuvre ne coûte pas le même taux horaire. Ceux qui reviennent chaque hiver ne reçoivent pas le même salaire. Chez GCH, le nombre de machines est supérieur au nombre d’employés disponibles.
L’entreprise Martin Roy, qui offre des services de déneigement au Québec, tente d’embaucher des journaliers avec un salaire de base de 22 $/heure.
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Offre modifiée
Les entreprises doivent modifier les services qu’elles proposent pour accueillir de nouveaux clients.
Des règles de financement plus strictes dans le secteur des tracteurs, des frais d’entreposage obligatoires et des primes d’assurance plus élevées pour les nouveaux conducteurs forcent certaines petites entreprises à quitter l’industrie, entre autres.
Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine
Cette année, il y a de nouveaux secteurs, une grosse vague, explique Simon Jourdain du groupe ESSA. L’entreprise réfléchit à l’opportunité de développer de nouveaux secteurs, mais avec une offre différente, notamment avec un nombre de visites, peut-être inférieur à ce à quoi les nouveaux clients sont habitués.
“Les gens sont intelligents. Nous les prévenons car ces gens font affaire depuis longtemps avec leur petit chasse-neige. Là, ils doivent se rendre dans une entreprise qui offre un service de masse et se conformer à ce service. »
— Citation de Simon Jourdain, co-propriétaire, Groupe ESSA
Simon Jourdain prévient que dans ce contexte il est difficile de proposer six visites par jour.
Afin de garantir aux employés des heures de travail à l’année, le Groupe ESSA offre un service d’aménagement extérieur. Quatre-vingt-dix pour cent de nos opérateurs, nous les avons toute l’année. On ne part pas de zéro chaque hiver, explique M. Jourdain. Aujourd’hui, quelqu’un qui recommence toujours à zéro chaque hiver est suicidaire.
Retour des retraités et assurance des chômeurs
L’industrie du déneigement compte beaucoup sur le retour des retraités sur le marché du travail pour attirer des employés.
Il y a une chose qui nous aiderait vraiment, c’est si nous pouvions tendre la main aux retraités et réduire leur niveau d’imposition sur le travail qu’ils font dans le déneigement. Pour cela, nous ferons des performances, explique Annie Roy. Ces personnes ont souvent une disponibilité qui peut répondre au besoin à des moments imprévisibles.
« Les retraités sont une main-d’œuvre super compétente et super disponible. L’aspect “je conduis un tracteur et j’aime ça” a quelque chose de “doux”. »
— Citation d’Annie Roy, directrice générale de l’Association des propriétaires de machinerie lourde du Québec
Si les chômeurs pouvaient avoir 10 heures, 15 heures ou 20 heures alors qu’ils ne seraient pas pénalisés pour le chômage, cela aiderait énormément, a-t-elle conclu.
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