Des victimes attendent leur procès au tribunal d’Evry le 25 avril 2022. EMMANUEL DUNAND / AFP
Jean K. “s’est rétréci en position fœtale” lorsque, le 12 juillet 2013, à 17h11, il a senti que le train Intercités 3657 Paris Austerlitz-Limoges allait dérailler en gare de Brétigny-sur-Orge (Essonne). Ce jour-là, l’enfant de six ans était assis “dans la voiture 2, siège 81”. Lors de la catastrophe, il a rappelé “l’odeur de brûlé, de poussière et de bagages partout” dans la “voiture déformée aux sorties”.
Alors que Jean S. a réussi à descendre indemne du train “en cassant une vitre avec ses pieds”, cette catastrophe ferroviaire a fait plusieurs centaines de blessés et coûté la vie à sept personnes, dont quatre sur le quai numéro 3 de Brettini-sur-Orge . Entre indignation et tristesse, une quarantaine des 184 parties civiles ont choisi de venir témoigner à la barre du tribunal correctionnel d’Evri (Essonne) lors du procès de l’accident.
Lire notre reportage au lendemain du drame : Article réservé à nos abonnés Accident ferroviaire en Bretagne-sur-Orge : “terrible spectacle”
“J’ai appris la mort de mon frère par des journalistes dimanche matin [14 juillet 2013]qui m’a appelé chez moi pour me demander si on acceptait que son nom figure dans la rubrique nécrologique », a déclaré Stephen S., en sanglotant, mercredi 1er juin. Son frère Vincent, 23 ans, a été fauché sur le quai numéro 3 en attendant le RER.
“Recherche sans fin”
Le 12 juillet 2013, Stephen S. appelle en vain le portable de Vincent en fin d’après-midi, puis se rend à la gare de Brettini-sur-Orge, “loin de penser” qu’il l’a “abandonné pour d’interminables recherches”. Il a ensuite fait le tour des hôpitaux locaux puis, après avoir vu des images de la catastrophe à la télévision, s’est rendu compte de l’évidence : “Je savais où se trouvait mon frère sur le quai de la gare et qu’il ne pouvait pas en sortir. »
Tour à tour, les passagers du train interurbain ont marché jusqu’au bar sous le regard ébahi des parties civiles. Vincent R. était assis dans la “voiture numéro 4” lorsqu’il “s’est mis de côté”. Lui et sa compagne Morgan B., 26 ans, ont alors été “jetés par la fenêtre”. “Dans ce chaos, j’ai resserré son pull, mais quand la fenêtre a cédé, elle a été emportée”, se souvient-il.
Morgan était l’un des trois passagers tués dans le train. Lors de son témoignage devant le tribunal, sa mère Brigitte B. a délibérément “tourné le dos” aux représentants légaux de la SNCF et SNCF, Réseau (ex-Réseau Ferré de France), qui est une personne morale, pour “homicide involontaire” et ” blessures involontaires”, jusqu’au chef du chemin de fer.
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