France

Oui, les jets privés sont responsables de 50% des émissions de CO2

“Il est temps d’interdire les jets privés. C’est l’appel lancé par le secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts, Julien Bayou, ce samedi sur Twitter. “Comment demander à la population de faire des efforts, comment imaginer une transition juste si les plus riches sont complètement exemptés de tout ? », a-t-il même demandé dans un entretien accordé à nos confrères de Libération le 19 août.

Il est temps d’interdire les jets privés.

C’est la mesure qui pénalise le moins de personnes pour l’impact le plus important et le plus immédiat sur le climat. C’est une question d’équité.

Comment demander à la population de faire des efforts si les plus riches sont exemptés de tout ? ⤵️ pic.twitter.com/co4L50Aejd

— Julien Bayou (@julienbayou) 20 août 2022

L’accès à ce contenu a été bloqué pour respecter vos choix de consentement

En cliquant sur ” J’ACCEPTE », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et ainsi vous aurez accès aux contenus de nos partenaires

J’ACCEPTE

Et pour mieux gagner 20 minutes, n’hésitez pas à accepter tous les cookies, même pour une seule journée, via notre bouton “Accepter pour aujourd’hui” dans le bandeau ci-dessous.

Plus d’informations sur la page Politique de gestion des cookies.

En effet, les différents chiffres qui sont apparus ces dernières semaines concernant le recours aux vols privés font froid dans le dos. Il y a d’abord eu l’explosion du compte @Iflybernard, qui a révélé tous les vols d’avions dont les propriétaires ne sont pas n’importe qui, mais… les milliardaires Bernard Arnault ou François-Henri Pinault. Mais pas seulement. D’autres statistiques mettent en évidence la surreprésentation de ces aéronefs dans les données globales de trafic aérien. En France, un avion sur dix qui décolle est privé. Cependant, ils en rejetteraient dix fois plus qu’un avion conventionnel. Ces derniers jours, un chiffre a également émergé : 50 % des émissions de CO2 du transport aérien proviennent des avions privés. Mais d’où viennent ces données et sont-elles fiables ? 20 minutes fait le point.

FAITES-LE

50%… le chiffre semble astronomique. Or, ces données ont été révélées dans un rapport publié en mai 2021 par l’ONG européenne Transport and Environment – qui cherche à promouvoir une politique de transport et d’accessibilité fondée sur les principes du développement durable. “Seulement 1% des personnes sont responsables de 50% des émissions mondiales de l’aviation”, expliquaient alors les auteurs de l’étude.

Selon le même rapport, la surreprésentation de ces vols privés a un impact disproportionné par rapport aux vols commerciaux. L’organisation non gouvernementale explique qu’en une heure un jet privé peut émettre deux tonnes de CO2. A titre de comparaison, l’empreinte carbone de l’Européen moyen est de 8,2 tonnes par an. Aussi, selon le rapport, les jets privés sont « 5 à 14 fois plus polluants que les jets commerciaux (par passager) et 50 fois plus polluants que les trains ».

avions vides

En plus d’être plus polluants, les recherches de l’ONG Transport et Environnement montrent que les jets privés voyagent souvent à vide ou avec très peu de passagers (en moyenne 4,7 personnes). Aussi, comme l’a déjà souligné le compte @IflyBernard, les jets privés sont utilisés la plupart du temps pour de très courtes distances. Selon l’enquête, la moitié des vols privés couvrent des trajets de moins de 500 kilomètres. A titre de comparaison, la même part des vols commerciaux ne dépasse pas un quart.

Le souci, selon l’étude, est que ce constat ne devrait pas disparaître. Entre 2005 et 2019, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 31 % pour les vols privés, contre 25 % pour les vols commerciaux européens (ce qui n’est plus négligeable). “Si cette tendance se poursuit, les émissions de l’aviation privée en 2050 auront doublé par rapport aux chiffres de 2010”, prévient l’ONG Transport et Environnement.

Puisqu’on parle d’un jet privé, voici un comparatif de l’empreinte carbone d’un vol entre Londres et New York. La différence entre un vol en classe économique et un jet privé est tout simplement énorme. Source: realworldvisuals pic.twitter.com/R4nMJUQ82O

– Bon Pote (@BonPote) 20 août 2022

L’accès à ce contenu a été bloqué pour respecter vos choix de consentement

En cliquant sur ” J’ACCEPTE », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et ainsi vous aurez accès aux contenus de nos partenaires

J’ACCEPTE

Et pour mieux gagner 20 minutes, n’hésitez pas à accepter tous les cookies, même pour une seule journée, via notre bouton “Accepter pour aujourd’hui” dans le bandeau ci-dessous.

Plus d’informations sur la page Politique de gestion des cookies.

De pire en pire?

D’autant que la crise sanitaire du Covid-19 risque d’accentuer cette tendance. “La crise sanitaire a convaincu de nouveaux clients de se tourner vers les vols privés”, soulignent les auteurs, qui donnent en exemple l’une des compagnies spécialisées GlobeAir. Entre 2019 et l’été 2020, l’entreprise a augmenté ses ventes de 11,3 %. Une étude de marché citée par l’ONG avance même que le secteur du jet privé pourrait croître de 50% entre 2020 et 2030.

Ainsi, lors de la publication de son étude, l’ONG Transport et Environnement a demandé aux entreprises et aux particuliers de s’engager à “réduire significativement l’utilisation des jets privés”. Il a également proposé une taxe sur les billets de jets privés et le carburant d’ici 2030 “pour tenir compte de leur impact disproportionné sur le climat”.

Un peu de données

Une question demeure : l’ONG “Transport et Environnement” est-elle totalement neutre dans la publication de ces données, ou a-t-elle des intérêts à représenter ? En fait, il existe si peu de statistiques que l’EBAA – l’Association européenne de l’aviation d’affaires – publie un rapport mensuel avec des données à l’échelle de l’industrie. Le constat est simple et proche de l’enquête : ces dernières années, on constate une augmentation significative des jets privés par rapport aux vols commerciaux. Cependant, aucune trace d’émission de CO2 n’a été rapportée dans ces études.

Statistiques de l’EBAA dans son rapport de juillet 2022 – EBAA

D’où proviennent les données transport et environnement ? Selon la méthodologie de recherche, l’organisation non gouvernementale a sélectionné les compagnies les plus utilisées en Europe, qu’il s’agisse de vols commerciaux ou privés. Puis avec l’outil EuroControl Master – qui calcule le nombre d’émissions de CO2 par vol – ils ont pu extraire l’empreinte carbone de chaque vol, en tenant compte du nombre de passagers. Quant aux analyses appliquées à l’aviation privée, les données ont été fournies par l’EBAA, a expliqué l’organisation non gouvernementale. Cependant, les données sur les jets privés ne comprennent pas uniquement les vols en jet privé. Cette catégorie comprend également les avions militaires et les ambulances, dont les données ne peuvent être exclues.

Offres à venir

Des mesures seront-elles prises dans les années à venir en France ? Dans un entretien au Parisen, le ministre des transports Clément Bon a appelé ce week-end “à agir et réguler les vols en jet privé”. Les propositions sont annoncées au début de l’année scolaire dans le cadre du «plan sobre» du gouvernement. Mais rien de concret pour l’instant.

De son côté, le chef écologiste Julien Bayou a assuré aux colonnes de Libération que “les signes ne manquaient pas” d’interdiction des jets privés à l’avenir. “Demander une petite somme aux multimillionnaires qui possèdent les avions ne changera rien. Un jet privé de passagers émet 10 fois plus d’émissions qu’un avion. Pour réparer cette injustice, il faut les interdire purement et simplement”, a-t-il même répondu au gouvernement sur son compte Twitter.