France

Pour contrer l’inflation, Christine Lagarde (BCE) déclenche des hausses de taux

[Article mis à jour le 11 mai à 12h25]

C’est la première fois depuis dix ans. Réticente à resserrer sa politique monétaire jusqu’à présent, comme plusieurs banques centrales ont commencé à le faire, la BCE commence à remonter les taux d’intérêt dans la zone euro. La normalisation de la politique monétaire européenne pourrait intervenir au début du troisième trimestre, a déclaré la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, mettant fin au programme d’achat d’actifs (APP), suivi “quelques semaines” d’une hausse des taux d’intérêt.

“Il nous est simplement venu à l’esprit alors [les achats d’obligations] devrait se terminer au début du troisième trimestre”, a déclaré Christine Lagarde lors d’une conférence en Slovénie. “La première hausse des taux d’intérêt (…) interviendra quelque temps après la fin des achats nets d’actifs (…) une période de seulement quelques semaines », a-t-elle ajouté.

Lutte contre l’inflation

Cette annonce confirme les attentes du marché qui prévoyait une hausse des taux d’intérêt en juillet afin de limiter la hausse des prix à la consommation. La plupart des autres grandes banques centrales ont déjà relevé leurs taux d’intérêt, mais la BCE, plus anticipatrice, continue d’injecter des liquidités dans le système financier en achetant des obligations sur les marchés. La Fed a ainsi relevé ses taux directeurs d’un demi-point début mai, la première hausse depuis 2000, espérant réduire l’inflation, qui a atteint 8,5% en un an. La Banque d’Angleterre (BoE) a pour sa part relevé jeudi son taux directeur à 1%, son plus haut niveau depuis 2009 dans le même but.

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En Europe, plusieurs facteurs ont conduit au contexte inflationniste actuel, tels que la vigueur de la reprise économique l’an dernier avec une amélioration de la santé, la guerre en Ukraine et l’accélération de la hausse des prix de l’énergie et du carburant qui l’a accompagnée, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement qui ont été mises en évidence par le conflit… Si l’inflation reste plus modérée que dans l’Atlantique, elle atteint néanmoins 7,5 % dans la zone euro. % sur un an le mois dernier, bien loin de l’objectif de 2% fixé par la banque centrale. Ce qui justifie la remontée des taux d’intérêt en juillet, comme l’appelaient le nombre croissant de membres du Conseil des gouverneurs de la BCE ces derniers mois.

“Ce qui a commencé comme un choc ponctuel est maintenant devenu un phénomène plus large”, a déclaré Bostjan Vasle, gouverneur de la Banque de Slovénie.

“Lorsque les circonstances changent, une réaction politique doit suivre”, a-t-il ajouté.

Son homologue de la Bundesbank Joachim Nagel et Frank Elderson, membre du directoire de la BCE, ont également appelé mercredi à une hausse des taux d’intérêt. Fin avril, plusieurs sources citées par Reuters s’attendaient à au moins deux hausses de taux d’intérêt cette année, et certains pensaient même qu’une troisième pourrait intervenir avant le 31 décembre.

Selon le gouverneur estonien Madis Müller, le taux d’intérêt de la BCE, qui est actuellement de -0,5 %, pourrait redevenir positif d’ici la fin de l’année, ce qui n’était pas arrivé depuis 2014.

“Même si nous augmentons les taux d’intérêt de 25 points de base, nous pouvons atteindre un taux positif d’ici la fin de l’année”, a-t-il déclaré à Reuters.

Réduction de la dette publique

Mais cette politique ne sera pas sans conséquences et devra s’accompagner d’efforts de réduction de la dette publique, a prévenu François Villeroy de Galau, qui a regretté que trop de Français pensent que la dette “serait illimitée et inestimable”.

Selon le banquier central, qui prévoyait de remonter les taux d’intérêt dès l’été, ils “monteront, mais très progressivement (…), mais la Banque centrale européenne et la Banque de France feront le nécessaire (…) Ramener l’inflation aux alentours de 2 % d’ici deux ans ».

“Il est donc d’autant plus important pour les autorités budgétaires d’assurer la soutenabilité de la dette dans un contexte de hausse des taux d’intérêt”, a ajouté l’homme, également membre de la BCE.

Selon la Banque de France, une hausse de 1 % des taux d’intérêt représente un surcoût de près de 40 milliards d’euros par an sur dix ans, soit quasiment l’équivalent du budget actuel de la défense.

Averti de la situation financière de la France en janvier dernier, François Villeroy de Galau a pris certaines mesures pour tenter de freiner la dette publique. Il ne s’agit pas de réduire les dépenses publiques dans leur ensemble, mais de s’efforcer de les stabiliser “en limitant leur croissance à 0,5% par an, contre plus de 1% vu la décennie précédente”, à taux obligatoires constants de la redevance, “il expliqua. Alors qu’elles représentaient 55,4% du PIB en 2019, le niveau des dépenses publiques a atteint 61,4% en 2020, pour tomber à 59,2% en 2021, selon l’Insee.

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Quant à l’annulation de la dette, le gouverneur rejette « ce miracle monétaire » : « Certains pensent qu’annuler la dette détenue par la Banque de France et l’Eurosystème serait une solution. Ce n’est pas le cas. La dette ne peut pas être annulée ; peut être refinancé à l’échéance, mais ce n’est jamais automatique. Et le prêteur ne refinancera que s’il y a confiance dans la soutenabilité de cette dette. , privé ou public, qui ne sera pas remboursé, ne prêtera plus”,

latribune.fr

11 mai 2022, 23 h 31