Ce changement a été officialisé le 2 juillet dans une lettre adressée aux responsables des établissements de santé du Québec, dont une copie a été obtenue par Radio-Canada.
Pourtant, en 2017, bien avant l’avènement du COVID, le gouvernement a demandé à ces mêmes établissements de supprimer les chambres de plus de deux occupants.
De plus, plusieurs chambres ont été pratiquement inexistantes au cours des dernières années, confirme la coprésidente de la Communauté de pratique du CHSLD, Dre Sophie Zhang.
Si le gouvernement semble reculer aujourd’hui, c’est à cause du grand nombre de patients en attente d’une place en CHSLD, qui atteint près de 4 300. Plusieurs de ces personnes occupent un lit en milieu hospitalier, alors que ces mêmes hôpitaux sont aux prises avec des pénuries de personnel.
La porte-parole du MSSS, Marjorie Larouche, assure toutefois que l’utilisation de plusieurs chambres n’est permise que lorsque l’environnement permet d’offrir des conditions de vie aux résidents, respectant les normes et orientations en vigueur.
“Les chambres doivent au moins inclure l’accès à une salle de bain et à un lavabo offrant une intimité pour le lavage quotidien. »
— Citation de Marjorie LaRouche, porte-parole du MSSS
Mme Larouche ajoute que les normes les plus élevées de prévention et de contrôle des infections doivent également être respectées.
Les deux mains tombent vers moi
Le président du Conseil de protection des malades, Paul Brunet, n’en revient tout simplement pas, d’autant plus que Québec vient de lancer une nouvelle campagne de vaccination à grande échelle contre la COVID-19 et que certains redoutent déjà le spectre d’un huitième vague à l’automne. Mes deux mains sont tombées, dit-il.
Que voulons-nous atteindre comme objectif lorsque nous remplissons ces chambres des risques d’infection non seulement par la COVID, mais par toutes les infections nosocomiales?, ajoute M. Brune, faisant référence, entre autres, au C. difficile.
«Nous pouvons paraître plus intelligents en réduisant le nombre de personnes attendant sur des civières, mais nous augmenterons le risque d’infection, et pas seulement de COVID. »
— Citation de Paul Brune, président du Patient Advocacy Council
Paul Brune, président du Conseil de défense des patients
Photo : Radio Canada
Il est assez clair dans la littérature scientifique que le nombre de lits et le nombre d’utilisateurs par chambre sont associés à une augmentation des infections au COVID. Il existe plusieurs études qui le prouvent, ajoute le Dr Sophie Zhang.
Elle dit que personne n’a demandé de retour dans plusieurs chambres, que ce soit des médecins, des gestionnaires ou des personnes chargées de la prévention et du contrôle des infections.
“Plusieurs patients dans la même chambre, ça crée aussi des complications au niveau de la prestation des soins, donc à plusieurs égards, pour l’intimité des gens, il y a vraiment des aspects négatifs. »
— Citation de Dre Sophie Jahn, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD
Prenez des leçons de
De son côté, Paul Brunet regrette que nous ne semblions pas avoir tiré les leçons de la première vague de la pandémie.
C’est triste, mais c’est aussi inquiétant parce qu’une des raisons des événements tragiques que nous avons vécus était le fait que beaucoup de gens vivaient ensemble, beaucoup de gens se promenaient, le personnel infectait les résidents.
De plus, dans son rapport remis en mai dernier à la fin de son enquête publique sur les décès survenus en CHSLD, la coroner Géhane Kamel recommandait au gouvernement du Québec de s’assurer que les hébergements puissent offrir des chambres individuelles.
Le coroner Géhane Kamel a recommandé au gouvernement de ne plus utiliser les salles communes.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Sans prétendre détenir une solution au problème du manque de places en CHSLD, le Dr Zhang croit que le gouvernement a le devoir de planifier la suite.
“Nous devons avoir des plans à court, moyen et long terme pour résoudre ce problème d’une autre manière. […] qui ne met pas en péril la santé et le bien-être des résidents des CHSLD. »
— Citation de Dre Sophie Jahn, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD
Dre Sophie Jan est coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD.
Photo : Équipes/Capture d’écran
Jusqu’à nouvel ordre
Pour le moment, le MSSS ne fournit pas de date de fin pour permettre plusieurs chambres en CHSLD. La mesure est en vigueur jusqu’à nouvel ordre, a déclaré la porte-parole Marjorie LaRouche.
Cependant, les chambres individuelles sont un principe central du concept de foyer de soins que le gouvernement a dévoilé en 2019 et qui est actuellement déployé dans toute la province. Au total, 46 maisons sont prévues, dont 43 sont en construction.
Le cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, réitère que les 2 600 places promises d’ici l’automne seront livrées comme prévu. Au final, un total de 3 480 places sont prévues.
Nous réhabilitons également 23 CHSLD vétustes sur le modèle de la maison de repos et alternative […] Nous avons également créé 1 300 places en ressources intermédiaires au cours de notre mandat, ajoute l’attaché de presse du ministre, Jean-Charles Del Ducheteau.
Irresponsable et scandaleux
Au Québec, tous les partis d’opposition disent que le gouvernement met les aînés en danger en renvoyant plusieurs chambres. Selon eux, il était plus logique d’investir davantage dans les soins à domicile.
En 2018, François Legault disait à tous les Québécois qu’il [allait] résoudre le problème des CHSLD. Force est de constater que quatre ans plus tard, c’est un échec, déplore le porte-parole santé du Parti libéral du Québec, Moncef Deraji.
Le porte-parole de Québec solidaire pour les aînés, Sol Zanetti, affirme que le gouvernement a pris une voie dangereuse et irresponsable.
“A la veille des élections, ils veulent améliorer leurs effectifs et leurs statistiques dans les hôpitaux, mais qu’y font-ils ? Ils mettent en danger les personnes âgées du Québec dans les chambres des CHSLD car eux-mêmes craignent une huitième vague de la pandémie. »
— Citation de Sol Zanetti, porte-parole de Québec solidaire pour les aînés
Nous avons décidé d’engloutir des sommes faramineuses dans le Club Med des résidences pour personnes âgées, dont on ne voit pas le résultat, s’est plaint le porte-parole du Parti québécois sur la santé Joël Arsenault, qui a qualifié le choix du gouvernement de scandaleux.
“Le gouvernement ne savait absolument rien du carnage qui a eu lieu en CHSLD en 2020.”
— Citation de Joël Arsenault, porte-parole québécois en matière de santé
Dans un communiqué, le président de l’Association québécoise pour la protection des droits des personnes retraitées et préretraitées a fait valoir que le retour des chambres à coucher multiples est un autre exemple de vieillissement systémique.
Ce que l’on voit, c’est une machine qui produit des résultats systématiquement défavorables à l’amélioration des conditions de vie des personnes âgées, explique Pierre Lynch. Dans ce cas, cela va encore plus loin : nous mettons la vie des gens en danger.
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