France

Retraites, chômage, énergie : Macron attaque sur tous les fronts

Cette partie de la majorité présidentielle a cessé d’y croire. « Je ne pense pas que nous le ferons.il décide. Il a fait éclater un ballon d’essai pour perturber le jeu et voir ce qui s’est passé. » Après dix jours de spéculations en tout genre, l’exécutif pourrait écarter une réforme des retraites dans les prochains jours à travers examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) cet automne. Pourtant, il a été présenté par Emmanuel Macron lui-même à une centaine de journalistes le 13 septembre.

Entre-temps, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer l’inopportunité d’un tel scénario. Laurent Berger, l’influent dirigeant du syndicat CFDT, a promis au gouvernement “conflit très, très fort” face à ça “passage forcé”.

Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a précisé qu’elle n’était pas “pas favorable” réformer par amendement et a demandé qu’il soit adopté “temps de coopération”.

Pire encore pour le chef de l’Etat : François Bayrou, qui était censé incarner l’un des trois piliers de sa majorité, a dit pire que de s’en tenir à l’idée présidentielle. Et son parti MoDem a annoncé qu’il voterait contre s’il le fallait.

La volée de bois vert serait-elle assez spectaculaire pour faire tressaillir Emmanuel Macron ? Jeudi, ce dernier avait préparé le terrain en déclarant sa volonté de mener à bien la réforme “de manière transparente, claire et aussi sereine que possible”. “Je ne prédis pas ce que le gouvernement et le parlement devront fairea-t-il déclaré dans une interview à BFMTV. Le gouvernement devrait entamer des discussions avec les forces publiques et politiques et trouver la bonne méthode avec le parlement. »

Emmanuel Macron à l’Elysée, le 15 septembre 2022. © Photo Ludovic Marin / AFP

L’arbitrage doit être décidé dans les prochains jours. Comme ils ne pouvaient se décider, Elisée annonça qu’ils se rencontreraient ” la semaine prochaine “ Chefs de majorité et ministres concernés. L’entourage du président de la République a fait savoir à l’Agence France-Presse, comme lors de la crise sanitaire, que “toutes les options” séjourné ” sur la table ».

En interne, ces jours-ci, des voix plaidaient encore pour une réforme par amendement, à commencer par Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée. “Il est très optimisteconfirme le cadre de la majorité précitée. Il a même voulu s’attaquer à la réforme avant, dès la réélection du président. » Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, insiste dans le même sens. Comme Aurore Berge, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée, ou Eric Wörth, député de Waze et ancien ministre du travail de Nicolas Sarkozy.

Quant à Edouard Philippe, il a assuré le gouvernement du soutien d’Horizonti, le parti qu’il préside. « Nous serons derrière vous pour améliorer notre système de retraite […], que vous choisissiez de le faire en octobre, décembre, mars. Quand vous demandez, nous serons là »a déclaré l’ancien Premier ministre à Elizabeth Bourne, lors des journées parlementaires de son mouvement.

Continuez à faire semblant d’être un réformateur

Qu’il donne suite ou non à son idée, le simple fait qu’Emmanuel Macron n’ait pas encore fermé “Hypothèse PLFSS” raconte comment il envisage son retour. Entre le 3 octobre, date de la rentrée au parlement, et les fêtes de fin d’année, l’exécutif veut faire voter le budget de l’Etat, le budget de la sécurité sociale, la réforme de l’assurance-chômage, la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur ( Lopmi) et la loi sur les énergies renouvelables. Une liste à laquelle il faut ajouter le débat incendiaire sur l’immigration prévu en novembre.

Et tout cela avec un parlement aussi instable qu’il ne l’a jamais été depuis trois décennies, dans un contexte d’inflation record, de guerre aux frontières de l’Europe et de crise énergétique. Le panorama vous tourne autour, y compris certains des macronistes les plus zélés. « Il a attaqué les Grandes Jorasses [un sommet des Alpes – ndlr] du mur nord »estime François Patriat, président du groupe macroniste au Sénat.

Fidèle parmi les fidèles, l’élu bourguignon fait partie de ceux qui sont tentés par cette accélération du rythme du quinquennat. “En faisant cela, il montre qu’il est tout sauf le roi paresseuxil salue. Il n’est ni endormi, ni triste, ni découragé, comme certains le disent. » Un ministre est d’accord : « Il veut montrer qu’il est élu pour agir. Avec cela, il réveille tout le monde, surtout la majorité, à qui il veut montrer qu’ils n’ont pas été élus en vain. »

Autour du chef de l’Etat, certains théorisent l’importance d’aller vite, et il devient rare d’échanger des avals d’Emmanuel Macron sans qu’il vous parle du spectre de “apprentissage”par rapport au second mandat de son prédécesseur (1997-2002).

“Avant, on parlait des 100 premiers jours d’actionnote un parlementaire influent. Là, il y a un an ou deux, pas plus. Plus le temps passe, plus ce sera difficile pour lui. » Et notre interlocuteur craint, avec d’autres, que le prochain mandat présidentiel n’absorbe rapidement l’action du président réélu.

La question est : les gens descendent-ils dans la rue ? Le CNR est-il en baisse ? Perdons-nous des députés?

Ministre, concernant la réforme des retraites avec amendement.

La « guerre de mouvement » entreprise par l’exécutif en lançant plusieurs offensives parallèles n’est cependant pas sans risque. Trois mois après avoir perdu sa majorité absolue à l’Assemblée, après des semaines passées à se vanter de son “nouvelle méthode” du gouvernement, quelques jours seulement après avoir lancé son Conseil national de relance (CNR), il a même fait ceux qui croyaient en “réinvention démocratique”. D’autant que les parlementaires s’attendent à ce que l’exécutif tire l’article une ou deux fois 49-3 relatif aux textes budgétaires.

Emmanuel Macron serait-il grisé par le succès de sa première succession législative ? Il faut reconnaître qu’à cette époque le gouvernement a su trouver une majorité (essentiellement avec Les Républicains – LR -) pour adopter “forfait” pouvoir d’achat. Mais l’été est passé et les temps ont changé. La droite LR, d’abord, est en pleine campagne interne pour élire un nouveau président. Et les trois principaux candidats (Eric Ciotti, Bruno Retailo et Aurélien Pradier) rivalisent d’hostilité envers le camp présidentiel.

Contrairement aux attentes, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) tient bon, et les socialistes continuent de s’unir aux autres formations de gauche, malgré les appels répétés de la majorité. Toute l’opposition a boycotté le lancement du CNR et n’a participé qu’à contrecœur aux « Dialogues de Bercy », la nouvelle invention du ministère de l’Économie. Enfin, Horizons et le MoDem ont montré ces dernières semaines des signes d’émancipation capables de déstabiliser l’Elysée.

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13 septembre 2022 Lire plus tard

Bref, presque tous les feux politiques sont au rouge, mais le train macroniste entend continuer à accélérer. Lors d’une rencontre avec quelques élus de sa majorité, un député a récemment laissé échapper : “Les gens ne sont pas prêts, ils ne sont plus dans le même contexte et la même configuration qu’en 2020. Ce n’est pas le bon moment. » Il répondrait : “D’accord, mais quel est le bon moment?” Dites-moi quel est le meilleur moment. »

Une véritable question d’ouverture ou rhétorique? Un de ses proches est d’avis qu’il devrait le faire. « Si nous pouvons le faire maintenant, pourquoi attendre ? Nous savons tous ce que nous pensonsil pense. Alors oui, il y a un risque, mais nous ne faisons rien de plus à ce stade. » Un ministre s’interroge à haute voix. “La question est, est-ce que les gens descendront dans la rue ? Le CNR est-il en baisse ? Perdons-nous des députés? », il dit. Comment pouvons-nous nous permettre de perdre l’opinion publique, les partenaires sociaux et la majorité en même temps ?

En attendant, le même ministre note l’intérêt d’accepter le report du délai légal avant les vacances : “L’autre option est le printemps. Et le printemps est le moment où vous ne voulez pas faire de réforme sociale. Il y a des grèves, des ponts… » Par ailleurs, l’offensive médiatique de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, est l’une de celles qui ont le plus alarmé le camp présidentiel.

Un autre point qui inquiète les autorités n’est pas tant politique que financier. Emmanuel Macron justifie ainsi la remise à l’ordre du jour de la réforme des retraites. “La vérité est que nous devons travailler plus dur et produire plus…