France

Tunnel du REM Troubles de pointe

Le tunnel centenaire sous la Montagne Royale est une véritable attraction pour NouvLR, maître d’œuvre du Réseau Express Métropolitain. La Presse a passé en revue les rapports d’intervention des inspecteurs en santé et sécurité dans 7 milliards de sites, qui ont mené à une vingtaine d’allégations.

Posté à 17h00

André Dubuque La Presse

Julien Arseno dans la presse

Violations des règles en vigueur, raccourcis et documents incomplets : les façons de faire lors de l’incident du 1er février 2021 – où le drame catastrophique a été évité de justesse grâce à l’obstination d’un ouvrier du bâtiment – ont valu les réprimandes du NouvLR de la Knesst.

Selon une inspection de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), la méthode de travail de NouvLR est contraire au code de sécurité du chantier.

Situation surprenante compte tenu de l’expérience et des ressources financières du consortium NouvLR, composé notamment de deux navires de construction leaders au Québec : Pomerleau et SNC-Lavalin.

Lors de l’explosion, « le trou manquant n’a pas été recherché, identifié et vérifié », a déclaré l’inspecteur Jérémy Filion, ingénieur, dans son rapport d’intervention du 11 mars 2021.

Blaster a ordonné à un ouvrier de terminer le travail avec un marteau. Ce dernier, face au risque d’explosion, a refusé à deux reprises d’effectuer les travaux demandés.

Une inspection visuelle a révélé que le trou qui fuyait contenait au moins trois barres de dynamite et trois détonateurs intacts. Une probabilité 9 sur 10 est que le marteau a provoqué une explosion, selon le témoignage d’un homme sur place. Le trou qui fuyait a finalement été nettoyé par curetage à l’air. Cela n’a pas été considéré comme une reprise de l’explosion.

Selon les témoignages de travailleurs rencontrés par M. Filion, les trous manquants surviennent “d’une à plusieurs fois par mois”.

En cas de fuite, la méthode privilégiée est de redémarrer, insiste la CNNEST. Lorsque cela n’est pas possible, un curetage peut être envisagé, mais une procédure écrite préparée par un ingénieur est requise. Or, il n’y a pas de procédure rédigée par un ingénieur, note la CNESST.

La gestion des fuites après une explosion est dangereuse et cette situation contredit les articles du Code de sécurité dans la construction.

Jérémie Filion, inspecteur CNNEST, dans un rapport d’intervention

Les travaux sur les explosifs ont été suspendus du 12 au 19 mars 2021, le temps de mettre en place les mesures correctives demandées par la CNNEST.

La Presse a dévoilé les faits saillants de cet incident en janvier dernier.

Dans cet article, NouvLR s’est défendu avec les mots “appliquer les meilleures pratiques de l’industrie”. Cependant, la réalité est bien différente, selon un expert avec qui La Presse s’est entretenue.

«Je vois dans le rapport que les règles n’ont été appliquées d’aucune façon», a déclaré Joël Bruno, professeur de forage et de dynamitage au Centre de formation professionnelle de Val d’Or, qui voit l’incident comme un exemple de ne pas le faire.

« Le rapport de la CNNEST est assez critique et révèle plusieurs lacunes, acquiesce le responsable santé-sécurité du site Internet du REM Jean-Daniel Le Galique, que La Presse a rencontré récemment. C’est un constat qui a été fait et qui est un fait. Nous ne contestons pas le fait. […] Mais au final, nous sommes convaincus que cette méthode respecte les normes. Si vous lisez attentivement le rapport, il est mentionné que le nettoyage peut se faire non pas par réamorçage, mais par nettoyage à l’air. Ceci est possible avec l’approbation de l’ingénieur. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, PRESSE

Jean-Daniel Le Gallic, responsable santé et sécurité au REM

Au 1er février 2021, aucun ingénieur n’avait approuvé quoi que ce soit concernant le trou manqué. M. Le Gaulick a déclaré que le kamikaze avait été sanctionné, mais n’a pas voulu dire lesquels.

CNNEST a déposé un constat de violation après cet événement. « L’employeur a directement et gravement mis en danger la santé, la sécurité ou l’intégrité physique d’un travailleur lors de l’exécution de travaux de minage, ayant commis une infraction à l’art. 237 de la loi sur la santé et la sécurité au travail. NouvLR n’a pas déposé de candidature. Les parties s’attendent à comparaître en cour à Québec. M. Le Galick s’est refusé à tout commentaire.

“Il est peut-être mort”

La Presse a demandé l’analyse de l’enseignante pour revoir les rapports d’intervention du CNNEST. Celui-ci est définitif.

“L’opérateur de la pelle, s’il était inexpérimenté, creuserait la même chose. Il est peut-être mort. L’homme qui avait de l’expérience a épargné beaucoup d’ennuis », a déclaré M. Bruno.

Autre fait inquiétant, le journal de bord du tir du 1er février 2021 ne mentionnait pas la présence de trous manqués. En fait, toute l’histoire a été signalée au personnel de santé et de sécurité sur le site seulement trois semaines plus tard. De son côté, la CNNEST a été alertée le 9 mars 2021.

Monsieur Bruno est abasourdi par ce qu’il vient de lire. “Nous avons dit qu’il n’y avait pas eu de ratés, mais nous n’avons même pas pu regarder toute l’explosion. Il manquait beaucoup d’informations. Il n’y avait pas de diamètre des trous, des explosifs et des quantités utilisées. »

Interrogé sur ces manquements, M. Le Galik, qui n’était pas de service lors des événements, a reçu la réponse suivante : “Quand ça va bien, au bout d’un moment ça se détend un peu. Le journal, on ne le remplit pas (instantanément), on le remplit en fin de journée. Ceci, malheureusement, nous a finalement avertis à nouveau que nous devons être plus stricts. Nous avions déjà pris de nombreuses photos depuis le début du projet et enfin renforcé notre plan de suivi. »

Les explosions dans le tunnel sont terminées.

Le tunnel de tous les maux

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, PRESSE

Dès les premières pelletées de terre, NouvLR a reçu 19 déclarations d’infractions à la Loi sur le respect de la santé et de la sécurité au travail sur l’ensemble des 67 kilomètres du chantier du REM, un chantier de 7 milliards de dollars. Parmi celles-ci, six découvertes sont liées aux travaux dans le tunnel.

Exposition à des poussières toxiques, travailleurs mal à l’aise avec le monoxyde de carbone et explosions inattendues de vieux bâtons de dynamite, le tunnel a fortement irrité le consortium NouvLR chargé de construire le Réseau express métropolitain (REM), révèlent des rapports d’inspecteurs de la Commission, normes, équité, santé et sécurité à travail (CNESST).

Dès les premières pelletées de terre, NouvLR a reçu 19 déclarations d’infractions à la Loi sur le respect de la santé et de la sécurité au travail sur l’ensemble des 67 kilomètres du chantier du REM, un chantier de 7 milliards de dollars. Parmi celles-ci, six découvertes sont liées aux travaux dans le tunnel.

Le consortium les conteste systématiquement devant un tribunal québécois. Jusqu’à présent, il a plaidé coupable à six d’entre eux pour des amendes de seulement 12 000 dollars. Onze affaires sont pendantes devant un juge.

« Il est essentiel pour notre organisation que les employés et les entrepreneurs du REM travaillent dans des conditions totalement sécuritaires », a déclaré Jean-Vincent Lacroix, porte-parole du REM, lors d’une rencontre avec La Presse pour des informations à jour sur l’exploitation du tunnel. « Nous continuons d’assurer un suivi rigoureux à cet égard avec NouvLR, qui doit continuer à travailler en étroite collaboration avec les équipes de santé et de sécurité pour établir des méthodes de travail sécuritaires. »

Tout au long du chantier du REM, …