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vote mixte, vote bloqué et nominations multiples… comment fonctionne le système électoral ?

Les leaders de la coalition de droite et d’extrême droite, lors d’un rassemblement à Rome, jeudi 22 septembre 2022. Les anciens présidents du conseil Matteo Salvini (Ligue) et Silvio Berlusconi (Forza Italia), la présidente de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni et du parti Noi Con l’Italia, Maurizio Lupi. GREGORIO BORGIA / AP

Les électeurs italiens sont appelés aux urnes dimanche 25 septembre pour désigner leurs députés et sénateurs dans le contexte d’élections anticipées déclenchées par la chute du gouvernement Draghi. La coalition de droite et d’extrême droite née de l’alliance entre la Ligue de Matteo Salvini, Forza Italia, celle de Silvio Berlusconi et le parti postfasciste Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), dirigé par Giorgia Meloni, a été érigée en le grand favori du vote.

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Partout en Europe et dans le pays lui-même, les observateurs continuent de parler de la complexité du système électoral italien, qui pourrait faire passer ce scénario. Mais quelles sont ses spécificités ? Comment affecte-t-elle directement l’organisation de la vie politique italienne ?

Vote mixte à un tour pour élire 600 parlementaires

Le système électoral italien a été constamment réformé depuis les années 1980 dans le but de s’adapter au mieux au système parlementaire du pays, non sans complexité. Il est actuellement encadré par la loi Rosatellum bis de 2017, qui consacre le suffrage universel direct par le biais du mode de scrutin dit mixte, c’est-à-dire qui combine le recours au vote majoritaire et au vote proportionnel.

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L’élection de la Chambre des députés et du Sénat se déroule en un seul tour. Six cents sièges, dont quatre cents députés et deux cents sénateurs, sont à gagner dimanche pour un mandat de cinq ans. S’il y a actuellement 951 parlementaires, leur nombre diminuera de plus d’un tiers cette élection, suite à une réforme constitutionnelle votée en 2020 par le Mouvement 5 étoiles (M5E) alors au pouvoir.

Conformément au mode de scrutin mixte, les deux tiers des parlementaires italiens (62,5 %, soit 245 députés et 122 sénateurs) seront élus dimanche au scrutin proportionnel, tandis que l’autre tiers sera élu à la majorité non nominale (37, 5 %, soit 147 députés et 74 sénateurs). Parmi eux, douze – huit députés et quatre sénateurs – seront élus par les citoyens résidant à l’étranger, uniquement au scrutin proportionnel. Pour qu’un parti obtienne un siège au parlement, il doit recueillir au moins 3 % des voix, dont 10 % dans le cadre d’une coalition.

Capacité d’application multiple

Alors que les élections générales ont généralement lieu tous les cinq ans en Italie, des élections anticipées peuvent être convoquées par le président de la République après la dissolution du Parlement. C’est le cas cette année après la dissolution ordonnée par le président Sergio Mattarella qui a suivi la démission du gouvernement de Mario Draghi le 21 juillet, plongeant une nouvelle fois le pays dans une crise institutionnelle.

Ainsi, les élections législatives de dimanche seront “les premières de l’histoire de la République italienne à se tenir en septembre”, alors qu’elles devaient se tenir au plus tard en mai 2023, rappelle Mark Lazar, professeur d’histoire et de sociologie politique aux Sciences. Po Paris, spécialiste de l’Italie. Autre nouvelle, les électeurs âgés de 18 ans pourront participer pour la première fois à l’élection des sénateurs après l’adoption en 2019 d’une réforme abaissant l’âge légal pour voter pour ce scrutin de 25 ans à 18 ans.

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Le système électoral italien a une spécificité supplémentaire due au mode de scrutin mixte. Il permet aux députés et sénateurs italiens de procéder à des nominations multiples : chaque candidat peut donc se présenter à la tête d’une circonscription (appelée collège uninominal) et être en même temps présent sur jusqu’à cinq autres listes régionales.

C’est le cas de Georgia Meloni, qui est pressentie pour diriger le prochain gouvernement en devenant Premier ministre en cas de victoire de sa coalition, qui se présente comme la première candidate sur la liste pour un député dans une circonscription du centre du pays (un- nom collège de L’Aquila-Teramo, dans la région des Abruzzes) et qui est à la fois présent dans les listes de sa coalition dans la région du Latium, en Lombardie, dans les Pouilles et en Sicile.

Un système qui favorise les coalitions

En effet, ce mode de scrutin mixte « favorise la formation et la victoire de coalitions, pourtant fragiles, car elles ont la capacité de présenter des candidats communs dans un maximum de collèges uninominaux. [circonscriptions] grâce à la mise en commun de leurs forces », note Mark Lazar.

La réforme de 2017 menée par le Parti démocrate a renforcé cet effet en entérinant le principe du vote bloqué : il n’est plus possible pour les électeurs italiens de distinguer leur vote pour un candidat local (leur prochain député) de celui pour une liste nationale. Ainsi, “si vous votez pour un ticket de parti ou de coalition, votre vote va directement au candidat du même parti ou de la même coalition qui se présente dans votre circonscription, et inversement”, explique l’historien.

Cependant, la dernière modification de la loi électorale en 2017 est loin d’avoir produit les effets politiques escomptés. « Le but était de punir le M5E car on pensait qu’il ne pouvait pas s’allier. Les partis centristes et de gauche pensaient pouvoir s’entendre en formant une grande coalition, ce qui ne s’est pas fait. Tous ces acteurs sont fragilisés par la formation d’une coalition entre la droite et l’extrême droite”, a analysé le professeur émérite.

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Conçu pour combiner une représentation équitable des différentes nuances politiques par la représentation proportionnelle et l’objectif de stabilité par l’instauration du vote majoritaire, le système électoral italien n’a en réalité jamais pu tenir ces promesses, comme en témoigne le nombre de gouvernements successifs au cours des dernières années et les critiques répétées qui lui ont été adressées.

“Pendant des décennies, le débat politique italien s’est concentré sur deux choses : améliorer le système électoral pour avoir une majorité et une minorité claires et essayer de garantir la gouvernance du pays, c’est-à-dire éviter l’instabilité. Malgré des réformes répétées, les crises institutionnelles persistent. C’est donc un vrai serpent de mer pour le pays”, conclut Mark Lazar.

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Marie Pouzadoo