France

“Il fallait que je sois convaincant tous les jours”, a déclaré Guy Lagash, auteur d’un documentaire immersif avec Emmanuel Macron.

Dans les pas du chef de l’Etat face à la guerre aux portes de l’Europe. Le journaliste Guy Lagash a pu suivre Emmanuel Macron et ses conseillers diplomatiques, réalisant ainsi le documentaire “Président, l’Europe et la guerre”, diffusé jeudi 30 juin, sur France 2 à 21h10. A l’occasion de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, l’invasion de l’Ukraine plonge le journaliste au coeur d’une crise diplomatique et d’un conflit d’une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. Seul avec sa caméra, il révèle l’extrême complexité de l’exercice du pouvoir.

Franceinfo : Comment est née votre envie de suivre Emmanuel Macron à la présidence du Conseil de l’Union européenne ?

Guy Lagash : Ce qui m’intéressait en tant que citoyen, pas seulement en tant que journaliste, c’était de comprendre le fonctionnement d’une Europe qui m’a toujours semblé compliquée, technique et lointaine. Il y a un réel besoin d’éducation aux questions européennes. Je voulais prendre un sujet sec et le rendre intéressant et accessible à tous. Je savais que du 1er janvier au 30 juin, la France prendrait la présidence du Conseil de l’Union européenne. J’ai contacté l’Elysée en novembre dernier pour leur faire part de mon projet.

“Je voulais dire comment cette présidence française ferait cela si elle faisait face à une crise.

Guy Lagash, directeur de “Président, l’Europe et la guerre”

à franceinfo

Car, si nous regardons les vingt dernières années, nous sommes confrontés tous les six mois à des crises en Europe, comme la crise entre la Pologne et la Biélorussie ou le Brexit.

Elisha a trouvé l’idée intéressante. Alors j’ai commencé à tourner début janvier, en me tirant dessus. Je ne suis pas caméraman, je n’ai jamais cadré de ma vie, mais c’était une façon de m’immerger, tout en étant le plus discret possible dans la vie des conseillers du président de la République, chargés de problèmes diplomatiques. Et puis petit à petit les bruits de bottes à la frontière ukrainienne ont retenti de plus en plus fort. Cette crise est devenue de plus en plus à l’ordre du jour et par conséquent est devenue le thème principal du film. J’ai toujours eu l’intention de raconter cette guerre dans la durée pour tenter de comprendre la complexité du politique face à la réalité.

Le fait que la guerre éclate n’a-t-il pas limité votre marge de manœuvre ?

Quand vous avez accès en général, cela ne veut pas dire que vous avez accès à tout. Ce n’est pas un “bar ouvert”. Avec ou sans crise, mais évidemment plus clairement avec la crise, j’ai voulu faire preuve de pédagogie et j’ai défendu cela auprès des équipes du président de la République. Une relation de confiance devait s’établir car c’est un sujet extrêmement sensible. Je n’étais pas dans la logique de l’actualité, dans la logique du magazine et c’est très important de comprendre cela. Je connais la gravité de la situation que je filme, nous sommes dans un moment historique, qui est l’un des événements les plus graves que nous ayons connus depuis 1945. Evidemment ils ne m’ont pas permis de tout filmer.

“Chaque jour, je devais être patient, convaincant, compréhensif, tout aussi persévérant et puis attendre, attendre et attendre.

Guy Lagash, directeur de “Président, l’Europe et la guerre”

à franceinfo

Il a fallu beaucoup de temps à Elisha pour comprendre mon axe.

Comment avez-vous réussi à capter cette conversation entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ?

Emmanuel Macron tire un fil diplomatique. Le 7 février, il a passé près de six heures avec Vladimir Poutine à Moscou. Et je pensais qu’il était important d’expliquer ce qui se passait dans ces conversations, parce que c’était difficile à comprendre. La presse s’est interrogée sur ce que signifiait avoir une discussion avec Vladimir Poutine et les risques qui pouvaient en découler. Et là on voit que c’est une discussion très solide.

“Je voulais montrer que l’axe d’Emmanuel Macron était de tout faire pour empêcher la guerre, il était entièrement dans son rôle de médiateur, et à partir de là j’ai pu capter cette conversation.”

Guy Lagash, directeur de “Président, l’Europe et la guerre”

à franceinfo

Cependant, je n’ai pas pu tout capturer, il y a beaucoup de choses que je n’ai pas pu capturer. Mais en même temps, il était extrêmement important pour moi de ne pas divulguer d’informations confidentielles classées secret défense. C’était une question de responsabilité face à la gravité de la situation.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant ces six mois ?

Cela peut sembler un cliché, mais ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est ce que signifie faire face à la réalité quand on est politicien ou diplomate. Ce qui me fascinait à nouveau, c’était l’exercice du pouvoir et sa complexité. Surtout à l’échelle européenne. Nous avons vingt-sept pays formant une alliance avec vingt-sept histoires et cultures différentes. Ces pays ont des relations avec la Russie qui ne sont pas du tout les mêmes, selon l’endroit où ils se trouvent géographiquement. Je suis fasciné de voir comment une crise comme celle-ci nous permet de nous unir à des pays aux intérêts différents et pour qui les conséquences de cette guerre ne sont pas les mêmes.

Comment chacun peut-il être mieux informé ?

Participez à la consultation initiée dans le cadre du projet européen De facto sur la plateforme Make.org. Franceinfo est partenaire